Thursday, November 15, 2007

Les critiques de Xun Ji

En chine, les " sages cachés " vivent dans les montagnes sauvages et les forêts. Ils ne détruisent pas l’environnement pour faire édifier des temples et des idoles géantes. Ont-ils besoin de séduire de riches donateurs et de se livrer au commerce des amulettes et des reliques ?
De leur côté, les puissants prélats du bouddhisme, qui a dégénéré en religion populaire, n’ont cure de la beauté de la nature et de la vie simple. Ils apprécient les édifices prétentieux, les cérémonies, les parades, le clinquant. Ils s’entourent de disciples obséquieux.

Au 6ème siècle, Xun Ji porte cinq accusations contre les bouddhistes :

1) Le bouddhisme méprise les valeurs essentielles des Chinois.

Aujourd’hui moines et nonnes ne cultivent pas la terre. Ils ne se marient pas. Ils coupent leurs fonctions procréatrices. Ils sont arrogants envers leur prince et méprisants envers leurs parents. […]

2) Les bouddhistes sont des parasites.

Ils est naturel que tout homme, ou femme, capable d’engendrer des enfants puissent se marier et enfanter. La voie barbare s’oppose à cela. Pour la plupart, ils font des images du Bouddha en argile ou en bois, et vivent avant tout d’aumônes. N’y a-t-il pas là un très grand entêtement ? C’est la seconde pratique anormale.

3) Que sert d’être illuminé, si l’on ne peut rectifier la conduite de ses fidèles ?

Le barbare hypocrite prétend faussement être le grand illuminé. Or sa cohorte de moines commet l’adultère et l’infanticide. Moines et nonnes agissent ainsi. Ils écrasent les fourmis pour dresser leurs statues du Bouddha. Ils gaspillent biens et forces pour ériger des temples compliqués. Si Sakyamuni est capable de contrôler de telles activités, et qu’il tolère en fait l’adultère et l’infanticide, son amour et sa compassion ne sont que mensonges. Si lui, le grand illuminé, peut seulement remarquer de tels abus sans pouvoir empêcher les gens de les commettre, alors il n’est d’aucun secours, et le monde ne peut être illuminé. C’est la troisième pratique anormale.

4) Les bouddhistes sont des parjures.

L’enseignement barbare est mesquin, misérable ; il court après les riches. Il entraîne les trois passions et porte partout atteinte aux vivants. On n’a jamais vu les bouddhistes cultiver les six vertus ou glorifier les Trois Joyaux. C’est la quatrième pratique anormale.

5) En dénaturant leur religion, les bouddhistes font courir un très grand danger au pays.

L’enseignement légué par le Bouddha demande à ses disciples de ne pas cultiver les champs, de n’amasser ni richesses ni céréales. Il leur faut mendier leur nourriture et leur vêtement, observer les (douze) règles d’ascétisme. Or, il n’en est rien. Plusieurs centaines de milliers de moines n’envisagent plus de mener la vie d’ermite. Ceux qui suivent la religion et ne cultivent pas les champs sont si nombreux que le pays court à la famine et à l’indigence. Est-il bien nécessaire de léguer une religion et de fonder un enseignement qui doit rester lettre morte ? De toute façon la religion n’est pas raisonnable. C’est la cinquième pratique anormale.

Convaincu que les bouddhistes tentent d’instaurer un Etat dans l’Etat, Xun Ji dénonce leurs célébrations fastueuses et leur organisation religieuse qui apparaissent comme des imitations illicites de la cour impériale :

Ils construisent de vastes habitations, imitant illégalement le style des demeures impériales.

Ils édifient de formidables constructions qu’ils décorent de figures étrangères, considérées comme l’égal du culte ancestral au temple impérial.

Ils traduisent intensivement leurs paroles séditieuses, et encouragent leur large diffusion, manifestant ainsi leur irrespect envers les mandats impériaux.

Ils lèvent des contributions à l’avance dans le but d’une rédemption, afin que le peuple échappe aux fausses calamités des six fins de l’enfer. Par cette conduite, ils s’arrogent le droit du souverain d’imposer peines et punitions.

Ils prétendent faire partie des Trois Joyaux, feignent de se conformer aux quatre règles de conduite. Avec dédain, ils font peu de cas du souverain. Telle est leur méthode pour s’arroger le pouvoir.

Ils dressent de nombreux temples et statues, et multiplient les moines et les nonnes avec leurs ordinations. Ils posent par là les bases de leur tyrannie.

Ils fixent les trois mois de jeûnes, convoquent les grandes assemblées des quatre catégories de fidèles adhérents. Ils mettent en place un nouveau calendrier, secrètement s’approprient une main-d’œuvre et ont à leur disposition des renforts militaires.

Ils fabriquent de la musique pour séduire ignorants et subordonnés ; ils procurent des amusements bouffons pour attirer à leur rassemblement ceux qui habitent loin. Ils font valoir la paix et la joie du Bouddha et critiquent les fatigues et les souffrances du domaine royale. Voilà une transformation de nos coutumes et de nos mœurs, une levée de taxes.

Ils font des conférences et tiennent des rassemblements, où ils changent et modifient leurs plans déviés ; où ils s’accordent avec les donateurs et réfutent leurs critiques. Ceci ressemble à la stratégie secrète soulignée dans le Liu tao.

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