Monday, October 18, 2010


Sexualité & bouddhisme

L’interdit sexuel

Venons-en à la faute majeure, l’acte sexuel (mal)proprement dit. Le Vinaya indien n’est pas avare de détails sur ce chapitre et la sexualité, interdite en principe, en tout cas sérieusement restreinte par un arsenal de règles. Outre la transgression de la règle de chasteté, qui entraîne l’exclusion de la communauté, divers cas de pénitence relèvent de cette rubrique – parmi lesquels : l’onanisme, les attouchements, les propos grivois, l’amour « platonique ».

La bestialité moins répréhensible que l’hétérosexualité

La première faute « pârajika » pour les moines est définie comme suit : « Quand un moine… a des rapports charnels avec un être du sexe féminin, à quelque espèce qu’il appartienne, il est expulsé de la communauté. » L’acte hétérosexuel est donc strictement prohibé, « même avec un animal ». La bestialité semble à vrai dire moins répréhensible que les rapports hétérosexuels. On fait remonter cette clause au cas d’un moine qui avait apprivoisé une guenon, et dont le vice fut découvert quand celle-ci s’offrit en toute candeur à d’autres moines. Les rapports homosexuels entre hommes, par contre, sont étrangement passés sous silence.

Bouddha était misogyne

La règle contre le commerce avec l’autre sexe trouve son origine dans le cas de Sutina, un disciple de Bouddha qui avait quitté ses parents et sa jeune épouse pour se faire moine. A la mort de son père, sa mère vint le supplier de rentrer chez lui, ou du moins de donner à sa femme le fils qui pourrait continuer la lignée familiale. Après quelques atermoiements Sutina finit par céder, et remplit ses devoirs filiaux et conjugaux. Le Bouddha, ayant eu vent de l’affaire, le réprimanda sévèrement sans tenir compte des circonstances atténuantes : « Mieux vaudrait, imbécile, que ton sexe pénètre dans la bouche du serpent venimeux et terrible, plutôt que de pénétrer dans celui d’une femme ! Mieux vaudrait, imbécile, que ton sexe pénètre dans une fournaise, que de pénétrer dans celui d’une femme ! » Sutina fut finalement expulsé de la communauté, et le Bouddha édicta la règle en question pour éviter qu’un cas semblable se reproduise.

Le sexe, idée fixe des religieux

Un commentaire comme la « Samantapâsâdikâ » définit l’acte sexuel comme une « faute grave, au terme de laquelle on doit utiliser de l’eau (pour se laver) », et qui « se pratique en un lieu secret par deux personnes » ; plus précisément, « lorsque la partie externe de l’organe masculin est insérer, ne fût-ce que dans la mesure d’un grain de sésame, dans l’organe féminin – la région humide où le vent lui-même n’atteint pas ». L’acte comprend quatre phases : l’introduction du pénis, la durée de l’étreinte, la séparation, la période qui suit l’étreinte. Si le moine éprouve du plaisir à l’un quelconque de ces quatre moments, il est coupable ; sinon, il est innocent !

Mais les précisions ne s’arrêtent pas là, Le commentaire, soucieux de clarifier l’identité des partenaires possibles, dénombre « trois sortes de femelles », deux types de « neutres » (pandaka, subdivisés chacun en trois sortes), et trois sortes de mâles – soit au total douze sortes d’individus avec lesquels on peut commettre une faute pârâjikâ. On notera que les partenaires mâles sont rajoutés dans le commentaire, alors qu’ils étaient omis dans l’énoncé de la règle elle-même – qui par contre envisageait toutes les catégories de femelles. Quoiqu’il en soit, par un savant calcul fondé sur le principe que certaines de ces catégories d’êtres (femelles et hermaphrodites humains, non-humains, et animaux) n’en possèdent que deux, on parvient à un total de trente « voies », par où l’intromission – « ne fût-ce que dans la mesure d’un grain de sésame » - constitue une faute possible d’exclusion.

Un délire taxinomique

La catégorie animale, comme si elle n’était pas en soi assez évidente, fait l’objet de précisions dont le raffinement confine au délire taxinomique : ainsi, parmi les animaux inférieurs, avec ou sans pattes (serpents, poissons, poulets, chats et chiens), la classe des serpents comprend tout ce qui rampe, notamment les mille-pattes ; celle des poissons comprend également les tortues, les iguanes et les crapauds. Comme celui des chats, chiens, et autres animaux, le corps de ces créatures présente trois parties, dont la moindre pénétration constituerait une faute pârâjika. A une exception près toutefois : le commentateur observe en effet que, quoique la gueule d’un crapaud soit très large, y introduire son pénis n’entraînerait guère de plaisir ( à la différence sans doute du mille-pattes ou du serpent ?) et ne constituerait donc qu’une faute passible de pénitence. De même, lorsqu’on pratique l’acte sexuel dans la trompe d’un éléphant, ou dans d’autres paries – non génitales – d’animaux domestiques comme le cheval, la vache, l’âne, le chameau ou le buffle.

Bernard Faure

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