Sunday, September 14, 2008


Les libertaires de l'Absolu (gnostiques)
&
la grande machination




Le prince de ce monde est nommé Ishvara en Orient, c’est le maître des dévapoutras. Il accorde parfois certains bienfaits temporaires à ses adorateurs, par exemple, plus de richesse et de biens, mais son opposition à la Libération des humains est inflexible. Il surveille l’humanité comme un éleveur avide qui n’accepte pas de perdre le plus petit animal.

Les anciens gnostiques se considéraient prisonniers sur terre d’un tyran-démiurge comparable à Ishvara. Jacques Lacarrière résume la pensée gnostique :

Nous sommes des exploités à l’échelle cosmique, les prolétaires du bourreau-démiurge, des esclaves exilés dans un monde soumis viscéralement à la violence, les sédiments d’un ciel perdu, des étrangers sur notre propre terre.

Etre étranger, au sens premier, c’est être pour les autres un être étrange. Je ne joue pas ici sur les mots car c’est l’étrangeté foncière de l’homme qui amena les gnostiques à réfléchir sur son origine et son statut terrestre. Ce terme exprimait à leurs yeux la disparité de nature entre l’homme virtuel de l’hyper-monde et la créature manquée, l’imitation d’homme que le démiurge se prit à façonner et à faire chuter dans le cercle du feu obscur. La condition d’étranger, par nature, est une condition fausse. On ne peut être étranger que par rapport à un non-étranger. Or dans les temps anciens, ce qui s’opposait, politiquement, civiquement, humainement à l’étranger, c’était l’autochtone. L’autochtone, c’est l’Athénien né à Athènes, l’Alexandrin né à Alexandrie, bref, le citoyen, mais c’était plus que cela : c’était l’homme né du sol lui-même, qui possède avec sa terre natale des liens biologiques insécables. Tout étranger est, en quelque sorte, l’autochtone d’un autre sol. La différence fondamentale qui sépare les gnostiques de leurs contemporains, c’est que, pour eux, leur "terre" natale n’est pas la terre, mais le ciel perdu dont ils ont conservé la mémoire : ils sont les autochtones d’un autre monde. D’où ce sentiment d’avoir chuté sur notre terre comme les habitants d’une planète lointaine, de s’être trompés de galaxie, et d’aspirer à rejoindre leur vraie partie cosmique, l’hyper-monde lumineux qui scintille au-delà du grand verrou nocturne. Leur déracinement n’est pas géographique mais planétaire. […]

Le démiurge sadico-pervers responsable de ce monde et de notre existence s’est ingénié, par ces incroyables combinaisons de molécules, ces agrégats indissolubles de matière, à nous rendre impossible ou très aléatoire toute évasion hors de la prison charnelle et planétaire.
[…]
Le monde où nous vivons est non seulement un monde opaque, alourdi, et promis à la mort, mais surtout un monde dû à une monumentale machination, un monde non prévu, non voulu, truqué de part en part, où chaque chose et chaque être est le résultat d’un malentendu cosmique. Dans ce tourbillon d’erreurs, cette chute et ce naufrage universels que sont l’histoire de la matière et celle de l’homme, nous sommes un peu sur terre comme des rescapés promis à la solitude éternelle, des détenus planétaires victimes d’une injustice à l’échelle du cosmos tout entier. Etoiles, éther, éons, planètes, terre, vie, chair, matière inanimée, psyché, tout est impliqué, entraîné dans ce scandale universel.

Par chance, les béances, les déchirures qui brillent dans le mur céleste de notre prison montrent qu’une voie possible existe pour la fuir. Dans la nuit stellaire, le gnostique sait que tout contact n’est pas irrémédiablement perdu avec les cercles supérieurs. Et que peut-être il peut vaincre, briser l’antique malédiction qui a truqué le jeu du monde pour nous rejeter, loin des scintillements et des embrasements de l’hyper-monde, dans le cercle enténébré où nous vivons, le "cercle du feu obscur".

Le but du gnostique est bien de s’évader de cette prison, "de tenter de franchir le mur séparateur, écrit Lacarrière, de regagner, en perdant au fur et à mesure la pesanteur aliénante de son corps et de sa psyché, le monde supérieur d’où jamais nous n’aurions dû chuter. "

"Les gnostiques", Jacques Lacarrière, éditions Albin Michel.


Dag Dugpa

Les sages chinois, virtuoses du ch’an, ne dépassent pas le 10ème siècle. De même, les gnostiques ont aussi perdu leur inspiration avec le temps.

Samaël Aun Weor, un gnostique du 20ème siècle, qui se serait réincarné dans le footballeur Zinedine Zidane selon l'étonnante révélation du gourou du groupe Ténèbres et Mensonges, n’est pas représentatif de la gnose antique. Samaël Aun Weor exprime dans ses écrits un rejet catégorique des lamas tibétains à cause de leurs pratiques tantriques :

" La huitième sphère de l’Abîme est la région où habitent les adeptes de la "main gauche", les bonzes du Tibet, les bonnets rouges, les ténébreux qui suivent les enseignements tantriques négatifs de Parsifal Krumm-Heller et de la secte Dag Dugpa, etc."

Dag Dugpa, Drugpa ou Drukpa, il s’agit d’une branche de la secte kagyu. Samaël Aun Weor n’appréciait ni les lamas ni les rosicruciens des loges de Krumm-Heller.

1 comment:

KT The Fool said...

"Certain conte oriental parle d'un tres riche magicien qui avaient de nombreux troupeaux de moutons. Ce magicien etait tres avare. Il ne voulait pas prendre de bergers, et il ne voulait pas non plus mettre de cloture autour des pres ou paissaient ses moutons. Les moutons s'egaraient dans la foret, tombaient dans des ravins, se perdaient, et surtout s'enfuyaient a l'approche du magicien, parce qu'ils savaient que celui-ci en voulait a leur chair et leurs peaux. Et les moutons n'aimaient pas cela.
"A la fin, le magicien trouva le remede. Il hypnotisa ses moutons et leur suggera tout d'abord qu'ils etaient immortels et que d'etre ecorches ne pouvait leur faire aucun mal, que ce traitement etait au contraire excellent pour eux et meme agreable; ensuite le magicien leur suggera qu'il etait un bon pasteur, qui aimait beaucoup son troupeau, qu'il etait pret a tous les sacrifices pour lui; enfin, il leur suggera que si la moindre chose devait leur arriver, cela ne pouvait en aucun cas leur arriver des maintenant, des aujourd'hui, et que par consequent ils n'avaient pas a se tracasser. Apres quoi le magicien mit dans la tete de ses moutons qu'ils n'etaient pas du tout des moutons; a quelques-uns d'entre eux, il suggera qu'ils etaient des lions, a d'autres qu'ils etaient des aigles, a d'autres encore qu'ils etaient des hommes ou qu'ils etaient des magiciens.
"Cela fait, ses moutons ne lui causerent plus ni ennuis, ni tracas. Ils ne s'enfuyaient plus jamais, attendant au contraire avec serenite l'instant ou le magicien les tondrait ou les egorgerait."

Gurdjieff a Ouspensky dans "Fragments d'un enseignement inconnu"