Thursday, July 09, 2009


La « contre-initiation »

Les textes de René Guénon sont incontournables pour nous aider à mieux comprendre le rôle de la « contre-initiation » :

C’est évidemment la « contre-initiation » « qui, écrit Guénon, après avoir travaillé constamment dans l’ombre pour inspirer et diriger invisiblement tous les « mouvements » modernes, en arrivera en dernier lieu à « extérioriser », si l’on peut s’exprimer ainsi, quelque chose qui sera comme la contrepartie d’une véritable tradition, du moins aussi complètement et aussi exactement que le permettent les limites qui s’imposent nécessairement à toute contrefaçon possible. Comme l'initiation est, ainsi que nous l’avons dit, ce qui représente effectivement l’esprit d’une tradition, la « contre-initiation » jouera elle-même un rôle semblable à l’égard de la « contre-tradition » ; mais, bien entendu, il serait tout à fait impropre et erroné de parler ici d’esprit, puisqu’il s’agit précisément de ce dont l’esprit est le plus totalement absent, de ce qui en serait même l’opposé si l’esprit n’était essentiellement au-delà de toute opposition, et qui, en tout cas, a bien la prétention de s’y opposer, tout en l’imitant à la façon d’une ombre inversée dont nous avons parlé déjà à diverses reprises ; c’est pourquoi, si loin que soit poussée cette imitation, la « contre initiation » ne pourra jamais être autre chose qu’une parodie, et elle sera seulement la plus extrême et la plus immense de toutes les parodies, dont nous n’avons encore vu jusqu’ici, avec toute la falsification du monde moderne, que les « essais » bien partiels et des « préfigurations » bien pâles en comparaisons de ce qui se prépare pour un avenir que certains estiment prochain (1), en quoi la rapidité croissante des événements actuels tendrait assez à leur donner raison. Il va de soi, d’ailleurs, que nous n’avons nullement l’intention de chercher à fixer ici des dates plus ou moins précises, à la façon des amateurs de prétendues prophéties » ; même si la chose était rendue possible par une connaissance de la durée exacte des périodes cycliques (bien que la principale difficulté réside toujours, en pareil cas, dans la détermination du point de départ réel qu’il faut prendre pour en effectuer le calcul), il n’en conviendrait pas moins de garder la plus grande réserve à cet égard, et cela pour des raisons précisément contraires à celles qui meuvent les propagateurs conscients ou inconscients de prédictions dénaturées, c’est-à-dire pour ne pas risquer de contribuer à augmenter encore l’inquiétude et le désordre qui règnent présentement dans notre monde.

Quoi qu’il en soit, ce qui permet que les choses puissent aller jusqu’à un tel point, c’est que la « contre-initiation », il faut bien le dire, ne peut pas être assimilée à une invention purement humaine, qui ne se distinguerait en rien, par sa nature, de la « pseudo-initiation » pure et simple ; à la vérité, elle est bien plus que cela, et, pour l’être effectivement, il faut nécessairement que, d’une certaine façon, et quant à son origine même, elle procède de la source unique à laquelle se rattache toute initiation, et aussi, plus généralement, tout ce qui manifeste dans notre monde un élément « non-humain » ; mais elle en procède par une dégénérescence allant jusqu’à son degré le plus extrême, c’est-à-dire jusqu’à ce « renversement » qui constitue le « satanisme » proprement dit. Une telle dégénérescence est évidemment beaucoup plus profonde que celle d’une tradition simplement déviée dans une certaine mesure, ou même tronquée et réduite à sa partie inférieure ; il y a même là quelque chose de plus que dans le cas de ces traditions véritablement mortes et entièrement abandonnées par l’esprit, dont la « contre-initiation » elle même peut utiliser les « résidus » à ses fins ainsi que nous l’avons expliqué. Cela conduit logiquement à penser que cette dégénérescence doit remonter beaucoup plus loin dans le passé ; et si obscure que soit cette question des origines, on peut admettre comme vraisemblable qu’elle se rattache à la perversion de quelqu’une des anciennes civilisations ayant appartenu à l’un ou l’autre des continents disparus dans les cataclysmes qui se sont produits au cours du présent Manvantara (2). En tout cas, il est à peine besoin de dire que, dès que l’esprit s’est retiré, on ne peut plus aucunement parler d’initiation ; en fait, les représentants de la « contre-initiation » sont, aussi totalement et plus irrémédiablement que de simple profanes, ignorants de l’essentiel, c’est-à-dire de toute vérité d’ordre spirituel et métaphysique, qui, jusque dans ses principes les plus élémentaires, leur est devenue absolument étrangère depuis que le « ciel a été fermé » pour eux (3). Ne pouvant conduire les êtres aux états « supra-humains » comme l’initiation, ni d’ailleurs se limiter au seul domaine humain, la « contre-initiation » les mène inévitablement vers l’« infra-humain », et c’est justement en cela que réside ce qui lui demeure de pouvoir effectif ; il n’est que trop facile de comprendre que c’est là tout autre chose que la comédie de la « pseudo-initiation ». Dans l’ésotérisme islamique, il est dit que celui qui se présente à une certaine « porte », sans y être parvenu par une voie normale et légitime, voit cette porte se fermer devant lui et est obligé de retourner en arrière, non pas cependant comme un simple profane, ce qui est désormais impossible, mais comme « sâher » (sorcier ou magicien opérant dans le domaine des possibilités subtiles d’ordre inférieur » (4) ; nous ne saurions donner une expression plus nette de ce dont il s’agit : c’est là la voie « infernale » qui prétend s’opposer à la voie « céleste », et qui présente en effet les apparences extérieures d’une telle opposition, bien qu’en définitive celle-ci ne puisse être qu’illusoire ; et, comme nous l’avons déjà dit plus haut à propos de la fausse spiritualité où vont se perdre certains êtres engagés dans une sorte de « réalisation à rebours », cette voie ne peut aboutir finalement qu’à la « désintégration » totale de l’être conscient et à sa dissolution sans retour (5).

Naturellement, pour que l’imitation par reflet inverse soit aussi complète que possible, il peut se constituer des centres auxquels se rattacheront les organisations qui relèvent de la « contre-initiation », centres uniquement psychiques, bien entendu, comme les influences qu’ils utilisent et qu’ils transmettent, et non point spirituels comme dans le cas de l’initiation et de la tradition véritable, mais qui peuvent cependant, en raison de ce que venons de dire, en prendre jusqu’à un certain point les apparences extérieures, ce qui donne l’illusion de la « spiritualité à rebours ». Il n’y aura d’ailleurs pas lieu de s’étonner si ces centres eux-mêmes, et non pas seulement certaines des organisations qui leur sont subordonnées plus ou moins directement, peuvent se trouver, dans bien des cas, en lutte les uns avec les autres, car le domaine où ils se situent, étant celui qui est le plus proche de la dissolution « chaotique », est par là même celui où toutes les oppositions se donnent libre cours, lorsqu’elles ne sont pas harmonisées et conciliées par l’action directe d’un principe supérieur, qui ici fait nécessairement défaut. De là résulte souvent, en ce qui concerne les manifestations de ces centres ou de ce qui en émane, une impression de confusion et d’incohérence qui, elle, n’est certes pas illusoire, et qui est même encore une « marque » caractéristique de ces choses ; ils ne s’accordent que négativement, pourrait-on dire, pour la lutte contre les véritables centres spirituels, dans la mesure où ceux-ci se tiennent à un niveau qui permet une telle lutte de s’engager, c’est-à-dire seulement pour ce qui se rapporte à un domaine ne dépassant pas les limites de notre état individuel (6). Mais c’est ici qu’apparaît ce qu’on pourrait véritablement appeler la « sottise du diable » : les représentants de la « contre-initiation », en agissant ainsi, ont l’illusion de s’opposer à l’esprit même, auquel rien ne peut s’opposer en réalité ; mais en même temps, malgré eux et à leur insu, ils lui sont pourtant subordonnés en fait et ne peuvent jamais cesser de l’être, de même que tout ce qui existe est, fût-ce inconsciemment et involontairement, soumis à la volonté divine, à laquelle rien ne saurait se soustraire. Ils sont donc, eux aussi, utilisés en définitive, quoique contre leur gré, et bien qu’ils puissent même penser tout le contraire, à la réalisation du « plan divin dans le domaine humain » (7) ; ils y jouent, comme tous les autres êtres, le rôle qui convient à leur propre nature, mais, au lieu d’être effectivement conscients de ce rôle comme le sont les véritables initiés, ils ne sont conscients que de son côté négatif et inversé ; ainsi, ils sont dupes eux-mêmes, et d’une façon qui est bien pire pour eux que la pure et simple ignorance des profanes, puisque, au lieu de les laisser en quelque sorte au même point, elle a pour résultat de les rejeter toujours plus loin du centre principiel, jusqu’à ce qu’ils tombent finalement dans les « ténèbres extérieures ». Mais, si l’on envisage les choses, non plus par rapport à ces êtres eux-mêmes, mais par rapport à l’ensemble du monde, on doit dire que, aussi bien que tous les autres, ils sont nécessaires à la place qu’ils occupent, en tant qu’éléments de cet ensemble, et comme instruments « providentiels », dirait-on en langage théologique, de la marche de ce monde dans son cycle de manifestation, car c’est ainsi que tous les désordres partiels, même quand ils apparaissent en quelque sorte comme le désordre par excellence, n’en doivent pas moins nécessairement concourir à l’ordre total. »

René Guénon, « Le règne de la quantité et les signes des temps ».



(1) Ce texte a été publié en 1945 (note de Bouddhanar). Les notes suivantes sont toutes de Guénon.
(2) Le chapitre 6 de la Genèse pourrait peut-être fournir, sous une forme symbolique, quelques indications se rapportants à ces origines lointaines de la « contre-initiation ».
(3) On peut appliquer ici analogiquement le symbolisme de la « chute des anges », puisque ce dont il s’agit est ce qui y correspond effectivement dans l’ordre humain ; et c’est d’ailleurs pourquoi on peut parler à cet égard de « satanisme » au sens le plus propre et le plus littéral du mot.
(4) Le dernier degré de la hiérarchie « contre-initiatique » est occupé par ce qu’on appelle les « saints de Satan » (awliyâ esh-Shaytân), qui sont en quelque sorte l’inverse des véritables saints (awliyâ er-Rahman), et qui manifestent ainsi l’expression la plus complète possible de la « spiritualité à rebours » (cf. « Le Symbolisme de la Croix, P. 186).
(5) Cet aboutissement extrême, bien entendu, ne constitue en fait qu’un cas exceptionnel, qui est précisément celui des awliyâ esh-Shaytân ; pour ceux qui sont allés moins loin dans ce sens, il s’agit seulement d’une voie sans issue, où ils peuvent demeurer enfermés pour une indéfinité « éonienne » ou cyclique.
(6) Ce domaine est, au point de vue initiatique, celui de ce qui est désigné comme les « petits Mystères » ; par contre, tout ce qui se rapporte aux « grands Mystères », étant d’ordre essentiellement « supra-humain », est par là exempt d’une telle opposition, puisque c’est là le domaine qui, par sa nature propre, est ansolument inaccessible à la « contre-initiation » et à ses représentants à tous les degrés.
(7) « Et-tadâbîrul-ilâhiyah fî’l-mamlakatil-insâniyah », titre d’un traité de Mohyddin Ibn Arabi.


Sunday, September 14, 2008


Les libertaires de l'Absolu (gnostiques)
&
la grande machination




Le prince de ce monde est nommé Ishvara en Orient, c’est le maître des dévapoutras. Il accorde parfois certains bienfaits temporaires à ses adorateurs, par exemple, plus de richesse et de biens, mais son opposition à la Libération des humains est inflexible. Il surveille l’humanité comme un éleveur avide qui n’accepte pas de perdre le plus petit animal.

Les anciens gnostiques se considéraient prisonniers sur terre d’un tyran-démiurge comparable à Ishvara. Jacques Lacarrière résume la pensée gnostique :

Nous sommes des exploités à l’échelle cosmique, les prolétaires du bourreau-démiurge, des esclaves exilés dans un monde soumis viscéralement à la violence, les sédiments d’un ciel perdu, des étrangers sur notre propre terre.

Etre étranger, au sens premier, c’est être pour les autres un être étrange. Je ne joue pas ici sur les mots car c’est l’étrangeté foncière de l’homme qui amena les gnostiques à réfléchir sur son origine et son statut terrestre. Ce terme exprimait à leurs yeux la disparité de nature entre l’homme virtuel de l’hyper-monde et la créature manquée, l’imitation d’homme que le démiurge se prit à façonner et à faire chuter dans le cercle du feu obscur. La condition d’étranger, par nature, est une condition fausse. On ne peut être étranger que par rapport à un non-étranger. Or dans les temps anciens, ce qui s’opposait, politiquement, civiquement, humainement à l’étranger, c’était l’autochtone. L’autochtone, c’est l’Athénien né à Athènes, l’Alexandrin né à Alexandrie, bref, le citoyen, mais c’était plus que cela : c’était l’homme né du sol lui-même, qui possède avec sa terre natale des liens biologiques insécables. Tout étranger est, en quelque sorte, l’autochtone d’un autre sol. La différence fondamentale qui sépare les gnostiques de leurs contemporains, c’est que, pour eux, leur "terre" natale n’est pas la terre, mais le ciel perdu dont ils ont conservé la mémoire : ils sont les autochtones d’un autre monde. D’où ce sentiment d’avoir chuté sur notre terre comme les habitants d’une planète lointaine, de s’être trompés de galaxie, et d’aspirer à rejoindre leur vraie partie cosmique, l’hyper-monde lumineux qui scintille au-delà du grand verrou nocturne. Leur déracinement n’est pas géographique mais planétaire. […]

Le démiurge sadico-pervers responsable de ce monde et de notre existence s’est ingénié, par ces incroyables combinaisons de molécules, ces agrégats indissolubles de matière, à nous rendre impossible ou très aléatoire toute évasion hors de la prison charnelle et planétaire.
[…]
Le monde où nous vivons est non seulement un monde opaque, alourdi, et promis à la mort, mais surtout un monde dû à une monumentale machination, un monde non prévu, non voulu, truqué de part en part, où chaque chose et chaque être est le résultat d’un malentendu cosmique. Dans ce tourbillon d’erreurs, cette chute et ce naufrage universels que sont l’histoire de la matière et celle de l’homme, nous sommes un peu sur terre comme des rescapés promis à la solitude éternelle, des détenus planétaires victimes d’une injustice à l’échelle du cosmos tout entier. Etoiles, éther, éons, planètes, terre, vie, chair, matière inanimée, psyché, tout est impliqué, entraîné dans ce scandale universel.

Par chance, les béances, les déchirures qui brillent dans le mur céleste de notre prison montrent qu’une voie possible existe pour la fuir. Dans la nuit stellaire, le gnostique sait que tout contact n’est pas irrémédiablement perdu avec les cercles supérieurs. Et que peut-être il peut vaincre, briser l’antique malédiction qui a truqué le jeu du monde pour nous rejeter, loin des scintillements et des embrasements de l’hyper-monde, dans le cercle enténébré où nous vivons, le "cercle du feu obscur".

Le but du gnostique est bien de s’évader de cette prison, "de tenter de franchir le mur séparateur, écrit Lacarrière, de regagner, en perdant au fur et à mesure la pesanteur aliénante de son corps et de sa psyché, le monde supérieur d’où jamais nous n’aurions dû chuter. "

"Les gnostiques", Jacques Lacarrière, éditions Albin Michel.


Dag Dugpa

Les sages chinois, virtuoses du ch’an, ne dépassent pas le 10ème siècle. De même, les gnostiques ont aussi perdu leur inspiration avec le temps.

Samaël Aun Weor, un gnostique du 20ème siècle, qui se serait réincarné dans le footballeur Zinedine Zidane selon l'étonnante révélation du gourou du groupe Ténèbres et Mensonges, n’est pas représentatif de la gnose antique. Samaël Aun Weor exprime dans ses écrits un rejet catégorique des lamas tibétains à cause de leurs pratiques tantriques :

" La huitième sphère de l’Abîme est la région où habitent les adeptes de la "main gauche", les bonzes du Tibet, les bonnets rouges, les ténébreux qui suivent les enseignements tantriques négatifs de Parsifal Krumm-Heller et de la secte Dag Dugpa, etc."

Dag Dugpa, Drugpa ou Drukpa, il s’agit d’une branche de la secte kagyu. Samaël Aun Weor n’appréciait ni les lamas ni les rosicruciens des loges de Krumm-Heller.

Saturday, June 07, 2008


Le pétrole, les lamas et la fin de la démocratie

Ceux qui découvrent le rôle ambigu de hauts lamas ténébreux dans la spiritualité contemporaine prennent vite la poudre d'escampette. Ils n’ont pas le courage de s’opposer à ces gourous d’affaires qui diabolisent la concupiscence des autres et s’accommodent fort bien de la leur. A cause de la névrose mystique occidentale, des lamas ovationnés à tort font partie du gratin international, ce sont les VIP rinpochés. Ils fréquentent les élites politiques, économiques et artistiques en pérorant les mensonges de la nouvelle spiritualité.

Après un terrible tremblement de terre, le dalaï-lama a dit : " C'est certainement le résultat d'un mauvais karma. Il n'y a pas de souffrances injustes, il n'est même pas de souffrance inutile... "

Ces paroles ne trahissent pas seulement une des nombreuses monstruosités religieuses fabriquées dans les loges orientales. Elles indiquent aussi que le lamaïsme participe à la mise en place d’une implacable société de castes.

Dans ce nouvel ordre social, les féodaux qui dirigent secrètement le monde ("grâce à leur karma positif ", sic le lama Dupont Lajoie) apparaîtront au grand jour et les peuples plieront sous le joug de leur tyrannie diabolique. "Le peuple misérable, dira le lama rééducateur en montrant son knout aux travailleurs faméliques, doit se résigner devant son mauvais karma." Une grande partie de la population sera réduite à l’état d’esclaves. Les bidonvilles, où s’entasseront les serfs, seront parcourus par des prédicateurs de l’Eglise du Christ-Maitreya. Les programmateurs de cerveau seront aussi d’insatiables violeurs d’enfants. Les parents indociles pourriront sur des fourches patibulaires. La vie humaine vaudra beaucoup moins qu’un litre de pétrole.

Le pétrole, c’est la meilleure façon d’asservir les peuples. Les marionnettes politiques ont bloqué les innovations dans le domaine des énergies nouvelles. La paralysie est toujours efficace depuis le premier choc pétrolier. Durant plus de trente ans, le système a éliminé méthodiquement des idées écologiques, des découvertes permettant d'utiliser d'autres énergies, des brevets géniaux et parfois des savants… L'humanité doit dépendre du pétrole jusqu’au jour où la grande crise éclatera. L'onde de choc fera s’effondrer les derniers remparts démocratiques contre la barbarie. Puis les armées privées des féodaux entreront en action…

La crise qui débute en 2008 (spéculation, aliments, pétrole hors de prix…) mettra fin à la démocratie. Le monde est désormais entre les griffes de féodaux cruels et les Guantanamo vont pousser comme des champignons vénéneux.

Les prédateurs :

" Au sens précis où les philosophes des Lumières emploient ce mot, les prédateurs sont des êtres "hors humanité". Jean-Jacques Rousseau : "Vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous et que la terre n’est à personne."

Les prédateurs ne se rattachent à aucune école de pensée, ne plongent leurs racines dans aucune aventure collective, ne connaissent pas d’horizon historique, ne concluent d’alliances qu’avec leurs congénères et sont totalement dépourvus de motivations – si ce n’est le goût du pouvoir et de l’argent.

Ils ne sont ni de droite ni de gauche, ni du Sud ni du Nord. Aucune pensée collective n’a laissé en eux de traces identifiables. Ils n’ont pas d’histoire, ne construisent rien et meurent sans jamais avoir les yeux sur les hommes qui les entourent.

De part leur conduite quotidienne, ils s’installent en marge de l’humanité solidaire.

Ce sont des êtres perdus."

Jean Ziegler "Les nouveaux maîtres du monde", éditions Fayard.

Sunday, June 01, 2008

Le schisme

Il y a quelques années, la communauté bönpo de Dolanji dans l’Himachal Pradesh recevait d’importants subsides du gouvernement tibétain en exil. Quelques temps auparavant, le dalaï-lama avait coiffé la tiare du Bön en signe de réconciliation des écoles rivales bönpo et guélougpa. Il faut savoir qu’au Tibet, dans les communautés bönpo, la popularité de l’ancien roi-dieu est loin d’atteindre les sommets de l’Himalaya. Les bönpo considèrent détenir l’authentique tradition du Tibet. Dans le passé, Ils avaient subi l’oppression et les conversions forcées des guélougpa qui exerçaient le pouvoir. En revanche, les Chinois sont plus amicaux, ils ont même participé financièrement à l’édition du canon bönpo ; ce qui n’aurait pas été possible sous le règne des dalaï-lamas. Devant l’attitude des Chinois, le 14ème dalaï-lama devait affirmer son leadership en coiffant la tiare du Bön et en reconnaissant cette tradition comme la cinquième école religieuse du Tibet. En contrepartie, le 33ème Abbé de Menri, Sa Sainteté Lounktok Tenpei Nyima, pouvait financer les travaux d'agrandissement de son monastère grâce à l’argent du dalaï-lama.


La récente crise du séparatisme tibétain a mis en évidence d'autres dessous pas très propres. La vénération d’un leader politique ou religieux n’est pas raisonnable pour le commun des mortels, mais pour les bouddhistes, c’est une véritable aberration. Le culte voué au dalaï-lama est en grande partie le résultat d’une opération de communication de discrètes et efficaces officines étasuniennes. Les discours et les livres du prix Nobel de la paix sont de gentils lieux communs. Le dalaï-lama n’est pas l’incarnation d’un dieu. C’est un homme qui commet, comme tous les êtres humains, des erreurs. Son erreur majeure est son allégeance à la puissance impérialiste dirigée par de riches affairistes, responsables de plus d’un million de morts en Irak.

Les Tibétains, qui doivent défendre leur niveau de vie, l’emploi, le droit aux soins médicaux, l’éducation, ne peuvent trouver dans le dalaï-lama un représentant droit et loyal face aux Chinois. La sympathie du prélat tibétain à l’égard des néo-conservateurs Américains est aux yeux des Chinois une honteuse collaboration. Il ne faut pas oublier que depuis des décennies la Chine communiste est confrontée à l’impérialisme US (Corée, Viêt-nam… En outre, une nouvelle guerre froide oppose maintenant la Chine et les USA). Dans l’intérêt de son peuple, le 14ème dalaï-lama doit se retirer de la scène politique.

La vassalité de la communauté lamaïste occidentale au pouvoir étasunien provoquera une crise salutaire. Le membre gangrené du lamaïsme mercantile au service de l’empire anglo-américain sera amputé. Un schisme permettra de se débarrasser des gourous d’affaires et de leurs intrigues. Les lamas tibétains promettent les pires peines infernales aux schismatiques. Les diables des enfers vont se réjouir, le schisme du bouddhisme tibétain est inévitable si cette tradition veut préserver la pureté de certains enseignements (le mahamoudra et le dzogchen extirpés du bric-à-brac cultuel du Vajrayana).

Les béni-oui-oui décérébrés ne peuvent plus imaginer le but ultime de la " révolte " du Bouddha. Ils constituent les bataillons de zombies de la nouvelle spiritualité. Ce sont de pauvres hallucinés qui pataugent dans la mare aux mirages religieux. De leur côté, les bouddhistes dignes de ce nom devront accaparer cette tradition et la renouveler. Ils s’affranchiront de l’imitation rituelle et du tibétain de cuisine. Les superstitions, la magie, les dogmes obsolètes seront éliminés. Le bouddhisme deviendra vraiment un art de vivre et un outil de libération sans autocrate perché sur un trône doré. Une alternative à l’actuelle aliénation sociale se dessinera. La communauté monastique sera régénérée et la misogynie disparaîtra. De petits lieux de vie recréeront l’harmonie avec la nature sans temple en béton. Les représentants seront élus pour une période limitée à une douzaine de mois. L’idolâtrie et le culte de la personnalité des rinpochés paraîtront grotesques.



Le retour du dalaï-lama




Le dalaï-lama est revenu en maître au monastère Bönpo de Dolanji dans l’état de l’Himachal Pradesh en Inde. L’abbé de Menri, à gauche du dalaï-lama, est bien affaibli. Petite scène pathétique à partir de 4 :40 mn, la dernière partie de la vidéo.

Saturday, March 15, 2008


Rousseau et le lamaïsme


Philosophe déiste, Rousseau était un défenseur de la religion naturelle. Il nous fait connaître ses idées religieuses dans le célèbre chapitre la Profession de foi du vicaire savoyard, qui est inséré dans L'Émile.

Les mielleux champions du néo-lamaïsme font le lit du totalitarisme religieux. Il n’est pas inutile de retrouver des critiques philosophiques qui dérangent les propagandistes du nouveau spiritualisme mondial :

" La religion considérée par rapport à la société, qui est ou générale ou particulière, peut aussi se diviser en deux espèces, savoir la religion de l’homme et celle du citoyen. La première, sans temples, sans autels, sans rites, bornée au culte purement intérieur du dieu suprême et aux devoirs éternels de la morale, est la pure et simple religion de l’Evangile, le vrai théisme, et ce qu’on peut appeler le droit divin naturel. L’autre, inscrite dans un seul pays, lui donne ses dieux, ses patrons propres et tutélaires : elle a ses dogmes, ses rites, son culte extérieur prescrit par des lois ; hors de la seule nation qui la suit, tout est pour elle infidèle, étranger, barbare ; elle n’étend les devoirs et les droits de l’homme qu’aussi loin que ses autels. Telles furent toutes les religions des premiers peuples, auxquelles ont peut donner le nom de droit divin civil ou positif.

Il y a une troisième sorte de religion plus bizarre, qui donnant aux hommes deux législations, deux chefs, deux patries, les soumet à des devoirs contradictoires et les empêche de pouvoir être à la fois dévots et citoyens. Telle est la religion des lamas, telle est celle des Japonais, tel est le christianisme romain. On peut appeler celle-ci la religion du Prêtre. Il en résulte une sorte de droit mixte et insociable qui n’a point de nom.

A considérer politiquement ces trois sortes de religions, elles ont toutes leurs défauts. La troisième est si évidemment mauvaise que c’est perdre le temps de s’amuser à le démontrer. Tout ce qui rompt l’unité sociale ne vaut rien. Toutes les institutions qui mettent l’homme en contradiction avec lui-même ne valent rien."

Jean-Jacques Rousseau " Du contrat social ".

Friday, February 15, 2008


Le cas Ikkyû

Si la morale, tout au moins en matière de sexualité, reste généralement sauve, même chez les " fous " du Chan, il est toutefois un personnage qui, sans être à proprement parler un " fou ", n’en fut pas moins un bel excentrique et sut s’élever contre cette morale, d’abord en vertu de la liberté supérieur du Chan, puis, vers la fin de sa vie, au nom de l’amour fou qui le liait à une chanteuse aveugle. Il s’agit du moine-poète Zen Ikkyû (1394-1481), qui se surnommait lui-même " Nuage fou (Kyôun) ".
La poésie d’Ikkyû constitue un document irremplaçable, quoique d’interprétation souvent malaisée, sur les mœurs des bouddhistes japonais de l’époque médiévale. Dans un poème de jeunesse intitulé " Le veau ", Ikkyû fait par exemple allusion à la masturbation :

Mes passions à nu, six pouces de long.
La nuit, nous nous rencontrons sur un lit vide.
Une main qui n’a jamais connu le toucher d’une femme.
Et un veau fouillant du groin, gonflé par des nuits trop longues.

Par la suite, Ikkyû fréquenta apparemment les maisons closes, si l’on en croit le grand nombre de poèmes qu’il composa, dans une veine typiquement Zen, à la gloire des prostituées. Dans un poème intitulé " Portrait d’un Arhat au bordel ", il évoque la mésaventure d’Ananda :

Cet Arhat, détaché des passions, n’est pas près de devenir un Bouddha.
Un tour au bordel lui apporterait la grande sagesse.
Du plus haut comique vraiment, ce Mañjusri récitant le Sûramgama,
Depuis longtemps disparus les plaisirs de la jeunesse.

On se souvient qu’Ananda, sur le point de succomber aux avances d’une courtisane, avait été sauvé in extremis par Mañjusri, envoyé à la rescousse par le Bouddha omniscient. Dans un poème autobiographique intitulé " L’hérésie du désir ", Ikkyû revient sur ce thème :

De qui est-il, ce chant qui me rappelle les plaisir du bordel ?
Un chant de jeunesse qui me tourne dans la tête.
Puis une aube jamais vu par Ananda.
Un moyen vers l’éveil, cette Lune d’Automne qui disparaît.

Dans un poème intitulé " Sur un bordel ", Ikkyû fait allusion aux jeux de l’amour (traditionnellement évoqués par la métaphore des nuages et de la pluie) dans lesquels il trouve plaisir et inspiration :

Une jolie femme, les nuages et la pluie, la rivière profonde de l’amour.
Là-haut dans le pavillon, la jeune femme et le vieux moine chantent.
Je trouve mon inspiration dans les embrassements et les baisers ;
Je n’ai pas du tout l’impression d’être en train de jeter mon corps dans les flammes.

Ailleurs, il compare avantageusement les prostituées aux moines, dans un poème dont le titre en dit long : " Avec un poème sur un bordel, je fais honte à ces frères qui obtiennent le Dharma" :

Avec les Kôan et les cas anciens, la tromperie arrogante ne fait que croître ;
Chaque jour, vous vous courbez en vain pour saluer des fonctionnaires.
Quels fanfarons sont les amis de bien de ce monde !
La jeune fille au bordel porte du brocart d’or.

Dans une série de poèmes, Ikkyû chante le désir, les plaisirs de la chair, et le corps féminin. Se comparant au maître de la Loi Kuiji (632-682), il écrit :

Seul le samâdhi de Kuiji était naturel et authentique.
Le vin, la viande, les écritures et les jolies femmes.
Pour rivaliser avec un maître de cet acabit, dans notre école, il n’y a que moi, Sôjun.

Les plaisirs du sexe semblent avoir tenu une place essentielle, presque obsessionnelle, dans son existence :

Dix jours dans ce temple, et mon esprit bat la campagne
Entre mes jambes s’étire le fil rouge
Si vous venez un autre jour, et me demandez
Cherchez plutôt chez le marchand de poisson, à la taverne, ou au bordel.

Voici comment Ikkyû, dans un autoportrait, vante son non-conformisme :

Cet espèce de fou, qui incite à la folie,
Allant et venant dans les bordels et les tavernes,
Lequel d’entre vous, moines aux habits rapiécés, peut le prendre en défaut ?
J’indique le sud, j’indique le nord, l’ouest et l’est ?

En dépit de son plaidoyer en faveur de l’amour charnel, Ikkyû n’était pourtant pas partisan du laxisme, et réprouvait le relâchement des mœurs qu’il observait chez les moines de son temps. Toutefois, ses poèmes sur les maisons closes, et sur les femmes en général, ont un côté didactique, bien-pensant Zen, que n’ont plus les poèmes à la gloire de la belle chanteuse aveugle Shin (Mori). Il s’agit maintenant d’un chant d’amour où la femme est reine, et non plus simple objet de plaisir. Il trouve des accents nouveaux pour chanter l’inspiratrice qu’il retrouvait chaque soir près de lui – nuit après nuit, canards mandarins se serrant l’un contre l’autre sur l’estrade de méditation. Lorsqu’il rencontre celle avec qui il passera dix années de bonheur, Ikkyû est un maître Zen respecté (sinon respectable) âgé de soixante-dix-sept ans ; Shin n’en a que trente, et elle lui survivra plus de trente ans. Il retrouve auprès d’elle une seconde jeunesse, et compose pour elle des poèmes enflammés, dont une vingtaine seulement nous sont parvenus.

Dans l’un d’eux, au titre particulièrement scabreux – " En aspirant les flux d’une jolie femme " -, il écrit :

Les disciples de Linji ne connaissent pas le Zen.
La vraie transmission se fait par " l’âne aveugle " [Sansheng].
Nous jouirons des nuages et de la pluie, durant trois existences et soixante longs kalpa.
Une nuit de notre automne vaut un millier de siècles.

L’idée que la passion amoureuse entraînera la réincarnation des amants réapparaît à diverses reprises. En voici un exemple :

En murmurant, je brise le lien de la honte, et le serment nous lie.
Puis nous chantons, nous promettant d’être fidèles non seulement en cette vie, mais dans la suite des temps,
Quand bien même nos corps deviendraient ceux d’animaux.
Le maître Guishan ne se vit-il pas pousser des cornes de buffles ?

Le titre de ce poème – " Flux sexuels " - est également celui du suivant :

En rêve, je suis épris de la belle Shin du jardin céleste
Etendu sur l’oreiller avec son étamine de fleur
A pleine bouche, j’aspire le pur parfum de son onde
Le soir vient, puis l’ombre de la lune apparaît, et nous chantons un chant nouveau.

Suit une variation sur le même thème, intitulé " Le sexe d’une belle a le parfum de la jonquille " :

Il faut contempler longtemps la tour de Zhu, avant d’y monter.
A minuit, sur le lit de jade, parmi des rêves nostalgiques.
Comme un bourgeon sur une branche de prunier, sa fleur s’ouvre.
Je vais et viens doucement entre ses cuisses de nymphe.

Un dernier poème, intitulé " Prenant ma main pour celle de Shin ", ne laisse aucun doute sur la dextérité de son amante :

Ma main, comme elle ressemble à celle de Shin.
Cette dame est, je crois, la maîtresse du jeu d’amour.
Quand je suis malade, elle sait soigner ma tige de jade,
Et alors se réjouissent mes disciples.

Ikkyû alla jusqu’à faire figurer la belle Shin dans son portrait officiel – fait sans précédent dans les annales bouddhiques. Au soir de sa vie, il chante sans regret la passion, toujours recommencée :

Bien que mes cheveux soient blancs comme neige, les désirs chantent encore à travers à travers mon corps
Je ne peux contrôler toutes les mauvaises herbes qui poussent dans mon jardin.

Comme on pouvait s’y attendre, son recueil de poèmes, s’il lui valut l’estime de la postérité, ne fut pas toujours apprécié de ses contemporains, et dut même subir la censure. La transgression ne paie que parfois que sur le tard.

Bernard Faure, " Sexualités bouddhiques ", Flammarion.

Sunday, February 10, 2008

La spiritualité à but lucratif et les multinationales religieuses


Depuis que l’ami de Bush, le président français, le chanoine Sarkozy, met en danger la laïcité, la rumeur prétend que l’arrogante caste financière internationale prend le contrôle des religions.

L’un des meilleurs propagandistes de la nouvelle religiosité mondiale est le Dalaï-lama. Selon le matraquage de la presse capitaliste, ce personnage serait le roi-dieu d’un pays peuplé de sages et d’anachorètes en lévitation envahit par de cruels barbares venus de Chine communiste. C’est un beau scénario hollywoodien, mais la réalité est très différente. Le livre d’Elisabeth Martens, "Histoire du Bouddhisme tibétain, la Compassion des Puissants" rétablit la vérité malgré une colossale désinformation.

Les médias contrôlés par les financiers s’efforcent de promouvoir un néo-bouddhisme frelaté. Sous l’égide du nouvel ordre mondial, ce bouddhisme de grande consommation et ses techniques méditatives dévoyées est au centre d’une spiritualité caricaturale.

Les propos de Sarkozy en faveur de la religion inaugure une fausse restauration spirituelle. Les hiérarchies politiques et religieuses se mettent en scène pour le show du retour du Christ-Maitreya, c’est la grande parodie par excellence.

En attendant le clou du spectacle, la turlupinade Christ-Maitreya, les initiations sont vendues ; les retraites spirituelles ne sont que des divertissements pour nantis ; les monastères se convertissent à l’hôtellerie touristique…

Autrefois, avant le mercantilisme spirituel, la pratique de la méditation n'était pas possible sans une sérieuse préparation comme l’écrit Thomas Cleary :

Il y a quelques années, le pape prévint les catholiques que les états de conscience modifiés peuvent être pris à tort pour une authentique expérience spirituelle. Bien que cette déclaration ait donné lieu à des réactions négatives de certains groupes de méditation, il faut reconnaître que le même avertissement est une tradition dans le bouddhisme authentique.
Un grand nombre d’Occidentaux connaissent une confusion, voire des troubles mentaux et physiologiques en pratiquant de supposées techniques orientales de méditation. Ce n’est pas qu’ils soient de mauvais adeptes mais simplement qu’ils ne respectent pas les mises en garde habituelles des sciences méditatives traditionnelles. La psychopathologie des erreurs de pratique est connue et abondamment documentée dans le bouddhisme. Certains cultes plongent leurs adeptes dans une méditation intensive sans leur donner une connaissance de base, une compréhension et une expérience suffisantes. Parfois, cet oubli est délibéré et sert des visées manipulatrices. L’esprit est particulièrement vulnérable au conditionnement lorsqu’il manque de bases solides.

C’est pour cette raison que l’école tibétaine Gelugpa, ou école vertueuse, dont l’autorité suprême est le Dalaï-lama, réforma l’exercice de la méditation pour prévenir tout abus. Dans cette école, le pratiquant est supposé accéder à une profonde connaissance des enseignements avant de plonger dans une intense concentration. Le maître Chan-Taoïste Liu I-ming, dans la même perspective, encourageait les adeptes à étudier pendant dix ans avant de commencer une pratique méditative intense. Le maître Zen japonais Kosen recommande une préparation de trois ans avant d’autoriser ses disciples à participer à la méditation.

L’étude préparatoire donne aussi la capacité aux étudiants d’évaluer la qualité d’un maître potentiel et de ne pas se laisser abuser, ce qui arrive souvent en Occident. D’autre part, rencontrer un maître authentique, sans préparation suffisante est une perte de temps et démontre la paresse et l’impatience de l’aspirant. Rencontrer un faux maître est une perte de temps qui peut vous mettre en danger, vous et vos proches.

Thomas Cleary, "Les secrets de la méditation", Editions JC Lattès, collection Pocket.

Dans la Chine du 5ème siècle, pour remédier aux troubles physiques et psychologiques provoqués par la méditation (dhyana), les moines bouddhistes avaient recours aux conseils thérapeutiques d’un ouvrage : Les Fondements secrets du traitement des troubles dhyana (Tche tch’an-ping pi-yao fa).

Saturday, January 26, 2008

L’ORDRE REGNE de gré ou de force

Yéshé Nyingpo, lama français de premier plan, s’est évaporé. Il était maître de retraite (droupeun) dans l’un des plus importants centres bouddhistes d’Europe.
Sa mystérieuse disparition soulève plusieurs questions. Que se passe-t-il durant une retraite qui dure plus de trois ans ? Dans ce monde clos où perdurent des croyances moyenâgeuses certains pervers manipulateurs peuvent-ils dominer et abuser impunément des personnes fragiles ? Quelle autorité médicale peut garantir qu’un droupeun, un maître de retraite, n’est pas un déséquilibré ?

Selon le " Manuel de Retraite de Djamgoeun Kongtrul ", le maître vajra peut imposer des vexations et des châtiments corporels selon la gravité du manquement à la discipline. Entre les mains d’un lama perturbé, ce texte devient vite l’instrument d’une tyrannie mystique ?

L’ambiance dans un centre de retraite n’est pas franchement conviviale. Les maîtres tantriques ne tolèrent pas l’amitié entre les retraitants. Le Manuel est formel : " En règle générale, il est déconseillé aux retraitants d’entretenir des relations trop amicales entre eux au début, car elles peuvent par la suite déboucher sur la mésentente. " […]
Les plaisanteries sont mises à l’index par les censeurs tantriques : " Ne faites pas de plaisanteries légères – les plaisanteries peuvent porter malheur. " […]
Entrer dans un centre de retraite par la cuisine est, selon les lamas tyranniques et hallucinés, une faute grave. La gravité ira crescendo si une femme commet la bévue : " Si un moine entre dans le centre de retraite par la cuisine, le retraitant responsable de cette infraction paiera une amende de cent offrandes de thé (à la communauté). Si c’est un laïc qui est entré, l’amende consistera en une offrande de lampes et d’une écharpe rituelle. Si c’est une femme qui est entrée, les chefs spirituels du monastère doivent en être informés et la punition sera corporelle et matérielle. "

Au Tibet, les punitions corporelles étaient particulièrement barbares. " Ceux qui se rendent coupables du plus petit larcin sont expulsés de la lamaserie, après avoir été marqué au front et sur les deux joues d’un signe d’ignominie avec un fer rouge. " (Souvenirs d’un voyage dans le Thibet, R.-E. Huc)

La traduction française du Manuel de Retraite ne mentionne pas le supplice du fer rouge, en revanche il préconise volontiers la bastonnade en cas, par exemple, de querelle accompagnée de coups : " S’il y a affrontement physique, celui qui a frappé le premier recevra quinze coups de bâton et devra offrir un quart de brique de thé. "

Il existe une autre forme de punition difficilement compréhensible de nos jours. Il s’agit de châtiments liés à la démonologie tibétaine. Les lamas ont recours à la magie rituelle pour éliminer certains contrevenants à l’ordre tantrique. Le texte tibétain est explicite : " Si un intrus s’obstine et cherche nuisance, vous devez invoquer sans attendre la Puissance Courroucée du temple des protecteurs en agitant la bannière noire… "
"Manuel de Retraite de Djamgoeun Kontrul", Edition Yogi Ling.

La violence rituelle dans l'histoire du bouddhisme himalayen est traitée par Marc Bosche : http://bouddhismes.info/14.html

La photo ci-dessus montre un dob-dob, policier brutal des monastères tibétains. "La moindre infraction à la règle est sur-le-champ réprimée, d'abord verbalement, et, s'il en est besoin, à coups de barre de fer. Les vieillards, pas plus que les jeunes chabis, ne sont à l'abri de ces terribles corrections." (Souvenirs d’un voyage dans le Thibet, R.-E. Huc)

Wednesday, January 23, 2008

Les Paramahamsa
Les Paramahamsa sont des mystiques libertaires véritablement affranchis de toutes les contraintes religieuses.

Docteur en études indiennes de l’université de Paris, chargée de recherches au CNRS, Tara Michaël est une spécialiste internationalement reconnue du yoga, du tantrisme et des danses de l’Inde, où elle a vécu longuement. Elle écrit :


" La Jabala-upanishad décrit les Paramahamsa comme " sans signe distinctif (avyaktalinga), sans mode de vie distinct, apparent ou compréhensible (avyaktacara), et se conduisant comme des fous, bien que possédant toutes leurs facultés ". Ils doivent avoir jeté leur triple bâton, leur gourde, leur besace, leur bol à aumône, leur filtre à eau, leur touffe de cheveux et leur cordon brahmanique dans l’eau, les offrant comme oblations. Ils retournent à leur état d’avant la naissance, libre de toute attache, sans possession, et ne sont pas affectés par les couples d’opposés comme le plaisir et la souffrance, ayant réalisé l’essence pure du Soi.


Dans de nombreux ordres de yogin et de renonçants, le dernier stade de la réalisation spirituelle se manifeste par le rejet de tout vêtement. Le yogin n’a plus d’autre possession que son corps et demeure complètement nu. C’est ainsi que les Jaina sont divisés en deux sectes, les Svetambara, " vêtus de blanc ", et les Digambara, " vêtus d’espace " constituant la secte la plus ancienne, celle qui pousse l’idéal de renoncement jusqu’à ses applications extrêmes. Les Nâga, ascètes shivaïtes, n’ont aussi que l’air et l’espace pour couvrir leur corps, quelles que soient les intempéries. Les Avadhuta, littéralement " ceux qui ont fait sauter tous leurs liens, se sont dégagés de tout ce qui les enserrait ", sont une autre secte qui professe être au-dessus de toute observance. Ils peuvent être complètement nus, ou n’avoir qu’un lambeau d’étoffe couvrant les parties génitales. Cette suprême indifférence aux conventions sociales n’est pas réservée aux hommes seulement, mais se trouve aussi chez les femmes ascètes de cette secte, les Avadhutani. D’une manière générale, la robe signifie la fonction, et celui qui a atteint l’état inconditionné ne peut plus porter aucun vêtement, ne peut plus s’identifier à aucun rôle, ne peut plus " revêtir " aucune détermination particulière. La complète nudité de l’ascète marque la dissolution totale de son être individuel dans le Soi omniprésent, indéterminé, non qualifié, indescriptible et inaccessible à la pensée et à la parole (nirguna-Brahma). Vacaknavi Gargi, la femme qui dans la Brhad-aranyakaupanisad met à l’épreuve le sage Yajnavalkya par ses questions redoutables posées en présence du roi Janaka et de tous les brahmanes, était de la sorte une " Connaisseuse du Brahman " qui ne daignait pas voiler sa nudité. Dans certaines sectes de bhakti également, les adeptes marquent leur rupture avec le domaine des règles et des conventions sociales par le rejet de tout vêtement. En effet, celui qui a pris refuge dans la Divinité suprême est délivré de tout dharma, de toute loi d’action particulière. Il échappe au réseau des règles et de comportements qui constitue l’ordre humain ; toute notion de décence ou d’indécence ne s’applique plus à lui. Tout ce qui est acquis, tout ce qui a été " fait ", institué, ne saurait être coercitif pour celui qui s’est immergé dans l’Incréé. Mais en brisant la légitimité, le bhakta ne peut être accusé de tomber dans l’adharma, il ne fait qu’exemplifier la possibilité de transcender le dharma, de vivre dans la liberté totale de celui qui s’est fondu en Dieu. Ainsi, Mahadeviyakka, contemporaine de Bavasa et d’Allama au 12ème siècle, était une adoratrice de Shiva qui errait, nue et ivre de Dieu, et qui nous a laissé de nombreux poèmes mystiques en langue kannada, tels que celui-ci :


" Les gens, hommes ou femmes,
rougissent quand une étoffe,
voilant leur honte, se défait…
Quand le Seigneur de toute vie
demeure ignoré, sans un visage dans le monde,
comment pouvez-vous être pudique ?
Quand le monde entier est l’œil du Seigneur,
Regard omniprésent,
Que croyez-vous couvrir et cacher ? " (120)

Ou encore :

" Vous pouvez dérober
l’argent que la main tient serré,
mais pouvez-vous confisquer
la gloire du corps ?
Vous pouvez arracher,
pièce par pièce, vos vêtements
Mais pouvez-vous dépouiller
le Vide, la Nudité
qui voile et qui recouvre ?
Pour la fille éhontée
qui s’enveloppe de la lumière du matin
de son Seigneur à la blancheur de jasmin (121)
Ô fou, quel besoin de vêture et de bijoux ? " (122)

De la même façon Lalleshvari, la fameuse yogini et sainte shivaïte du Kashmir (vers 1300-1400), " errait en ascète, chantant et dansant entièrement nue. Lorsqu’on lui reprochait son indécence, elle répondait que seuls sont des hommes ceux qui craignent Dieu, et que, vu leur nombre restreint, il valait guère la peine de se vêtir ". (123)

http://www.les-108-upanishads.ch/paramahamsa.html

Saturday, January 12, 2008

La mystérieuse disparition d’un dignitaire du bouddhisme tibétain.




Né en 1952 en France, Yéshé Nyingpo Rinpotché était maître des retraites de Dhagpo Kundreul Ling en Auvergne. En 1997, après le décès de Lama Guendune Rinpoché, Shamar Rinpoché, régent de la lignée Kagyu, a confirmé cette charge importante en lui demandant de perpétuer la transmission de Lama Guendune Rinpoché. Le lama français pouvait donner des initiations publiques. Il était invité aux Etats-Unis, en Thaïlande. Il enseignait devant les vénérables moines théravadins de la prestigieuse World Buddhist University de Bangkok :
http://www.wb-university.org/?do=shownews&banid=10&newid=44
http://karmakagyubangkok.com/presentation.html
http://karmakagyubangkok.com/biographie.html
Auteur de plusieurs livres sur les pratiques du Vajrayana, Yéshé Nyingpo Rinpoché était un maître respecté :
http://www.dhagpo-kagyu.org/france/enseignements/chemin/lama/lignee/lignee_yeshe.htm
http://detchenlhamo.unblog.fr/2007/03/25/retraite-de-groupe-avec-lama-yeshe/
Depuis des années il se consacrait avec bonheur à la propagation mondiale du bouddhisme tibétain, jusqu’au jour où, pour une raison encore inconnue du public, il défroqua et se sépara rapidement de l’ordre Kagyu.
Un lama de cet acabit n’abandonne pas l’état religieux sans un motif particulièrement sérieux. Il est improbable que cette sorte de cardinal de l’église tantrique quitte tout et renonce à sa situation à la suite d’un coup de tête.
La règle du silence prévaut dans le lamaïsme car rien ne filtre sur le sort de Yéshé Nyingpo. Il est impossible de connaître la raison de la soudaine disparition de ce dignitaire qui appartenait au cénacle des grands lamas Occidentaux.
Aidez-nous à retrouver Yéshé Nyingpo.

Tuesday, December 04, 2007

Gnose





Epiphane, Rimbaud gnostique.

Des trois grands maîtres gnostiques alexandrins, le plus attachant et le plus singulier semble avoir été Carpocrate. Il était grec, originaire de l’île de Céphalonie et l’on connaît le nom de sa compagne : Alexandreia, et de son fils : Epiphane. Elevé dès son plus jeune âge dans la philosophie platonicienne et l’enseignement gnostique, Epiphane devint très tôt un véritable maître, d’une précocité étonnante. Il mourut en effet à dix-sept ans, laissant un traité Sur la Justice dont Clément d’Alexandrie cite un assez long passage. On transporta son corps dans son île natale où il fut enterré avec les honneurs divins. Telles sont les seules images historiques suggérées par les contemporains sur les fondateurs de la secte : celle d’un couple éminemment averti et instruit et celle d’un adolescent au savoir encyclopédique et au génie précoce, Rimbaud gnostique.

Si l’on excepte la doctrine assez singulière qu’ils professait sur la métempsycose et la transmigration des âmes, l’enseignement des Carpocratiens ne se distingue pas particulièrement de celui des autres gnostiques. Pourtant, les auteurs chrétiens s’acharnèrent contre eux avec une rage à laquelle on doit d’ailleurs de posséder sur leurs pratiques un certain nombre de détails. C’est que les Carpocratiens poussaient jusqu’à leurs conséquences extrêmes – théoriques et pratiques – les principes essentiels de la gnose et appliquaient, stricto sensu, l’enseignement de Carpocrate et d’Epiphane. Ce monde, à leurs yeux, est l’œuvre d’anges inférieurs qui détournèrent totalement à leur profit la volonté et les intentions du vrai Dieu. Et ce " détournement d’intentions " eut deux conséquences notables : dénaturer le désir du coït, que Dieu avait mis chez l’homme et les êtres vivants, pour l’asservir aux lois de la société et épuiser, détruire la Loi divine en suscitant les lois particulières et fragmentaires de ce monde. La logique de cet enseignement est claire : pour retrouver la source pure du désir et la Loi véritable, les Carpocratiens doivent violer, partout et en toute occasion, les lois trompeuses de ce bas monde. C’est l’immoralisme érigé en système rationnel, l’insoumission totale élevée au rang de voie libératrice, bref ce qu’un auteur chrétien du temps traduit par cette phrase : " L’homme pour être sauvé, doit selon eux perpétrer toutes les ignominies possibles. "

Toutefois, l’aspect le plus intéressant de cette pensée subversive, c’est que les Carpocratiens s’en sont pris tout particulièrement aux formes sociales de ce détournement, à l’injustice et à son expression majeure : la propriété. Pour Epiphane, la Loi divine était une loi de Justice et d’Egalité. Dieu ne voulait pas que les biens de ce monde soient inégalement partagés entre les hommes. Aussi, Epiphane revendique-t-il l’abolition de toute propriété, le retour à la communauté intégrale des êtres et des biens, c’est-à-dire des richesses et des femmes. Il faut citer ici l’admirable texte (écrit, je le rappelle, entre quinze et seize ans) par lequel, en une vision naïve mais impressionnante, il dénonce l’injustice de ce monde et la constante iniquité des lois humaines.

" En quoi consiste la Justice ? En une communauté d’égalités. Un ciel commun se déploie sur nos têtes et recouvre la terre entière de son immensité, une même nuit révèle à tous indistinctement ses étoiles, un même soleil, père de la nuit et engendreur du jour, brille dans le ciel pour tous les hommes également. Il est commun à tous, riches ou mendiants, rois ou sujets, sages ou fous, hommes libres ou esclaves. Dieu lui a fait déverser sa lumière pour tous les êtres de ce monde afin qu’il soit un bien commun à tous : qui oserait vouloir s’approprier la lumière du soleil ? Ne fait-il pas pousser les plantes pour le profit commun de tous les animaux ? Ne répartit-il pas sa justice également entre tous ? Il ne fait pas croître les plantes pour tel ou tel bœuf mais pour l’espèce des bœufs, pour tel ou tel porc mais pour tous les porcs, pour telle ou telle brebis mais pour toutes les brebis. La justice pour les animaux, est un bien qu’ils possèdent en commun.

" Et tout ce qui existe et ce qui vit est soumis à cette loi de justice et d’égalité. La nourriture fut répandue pour tous les êtres vivants, indistinctement et sans privilégier aucune espèce. De même pour la génération. Il n’existe pour elle aucune loi écrite car cette loi, fatalement, serait fausse. Les animaux procréent, engendrent et s’accouplent selon les lois d’une communauté qui leur fut inculquée par la justice. Le Père du Tout a donné la vue à tous et sa seule loi fut celle de la justice, sans établir de distinction entre mâle et femelle, homme ou femme, êtres raisonnables ou êtres sans raison. Quant aux lois de ce monde, ce sont elles justement qui nous ont appris à agir contre la loi. Les lois particulières fragmentent et détruisent la communion avec la loi divine. Comment comprendre cette parole de l’apôtre : " Je n’ai connu le péché que par la loi ", si ce n’est que les mots le mien, le tien sont entrés dans ce monde par les lois et que ce fut la fin de toute communauté ? Pourtant ce que Dieu a créé, il l’a créé pour tous et en commun, vignes, céréales et tous les fruits. A-t-on vu des vignes chasser les passereaux et les voleurs ? Mais du jour où la communauté n’a plus été comprise comme une égalité et fut déformée par les lois, ce jour-là est né le voleur.

" De même, Dieu a créé le plaisir d’amour également pour tous les hommes et il a fait s’accoupler le mâle et la femelle pour manifester sa justice par la communauté et l’égalité des plaisirs. Mais les hommes ont renié ce par quoi ils existent et ils disent : " Que celui qui a pris une épouse la garde pour lui seul " alors que tous devraient y avoir part. " Et Epiphane ajoute : " Dieu a mis en chaque homme un désir impétueux et puissant pour propager l’espèce et aucune loi, aucune coutume ne saurait l’exclure de ce monde car c’est Dieu qui l’a institué. Aussi la parole qui dit : " Tu ne convoiteras pas le bien de ton prochain ", est-elle une parole absurde. Comment ce même Dieu qui a donné à l’homme le désir le lui reprendrait-il ensuite ? Mais la plus absurde de toutes les lois du monde est encore celle qui ose dire : " Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain ", car c’est renier la communauté et se résoudre à la séparation. "

Ces mots, ces phrases, ces idées, nous les avons déjà lus et entendus depuis longtemps. Ils rendent un son familier, expriment une exigence que proclamèrent, bien avant Epiphane, Antigone, Epicure, Diogène et après lui, bien des penseurs et philosophes utopistes. Mais c’est moins la naïveté, l’illusion idéologique de cette pensée qui importent à nos yeux – cette attitude rousseauiste devant ce viol, cette injustice qu’est toute appropriation – que les conséquences entrevues par les disciples d’Epiphane. Car nul doute qu’ils n’aient appliqué ces principes, pratiqué la libre communauté des femmes et des biens. L’effroi des auteurs chrétiens, l’horreur qu’on devine dans leurs témoignages, suffit à l’attester. Nul doute aussi qu’ils n’aient opposé aux institutions : mariage, famille, Eglise, pouvoir sous toutes ses formes, une fin de non recevoir accompagnée d’un mépris souverain.

Jacques Lacarrière, " Les gnostiques ".

Wednesday, November 28, 2007

Rites tantriques


La voix de son maître Rig'dzin Dorje, plus lamaïste que le grand lama.
L'exécution a lieu ICI. mais la réalité se trouve LA.

Le bouddhisme est devenu un musée de rites et une affaire de bazar.

Parfois, un disciple de lama arrive à sortir de sa léthargie mystique et interroge son maître sur le sens de ses pratiques quotidiennes : récitations de formules magiques, offrandes de nourriture aux déités tantriques, liturgies cacophoniques…
Le catéchisme lamaïste est formel, les pratiques rituelles permettent d’amasser des mérites. Un adepte du Vajrayana thésaurise les mérites afin d’obtenir après sa mort une bonne renaissance, un corps sain, une famille agréable. Le nec plus ultra, c’est de renaître dans une famille riche. Pour de nombreux lamas, la richesse est le résultat d’un bon karma.

Le bouddhisme tantrique ne dissimule pas son goût de l’opulence. Les pratiquants du Vajrayana connaissent tous le mantra de Djambala, le dieu de la richesse. Le marketing religieux a même inventé le dharma d’or. Dans l’Himalaya, c’était un enseignement ésotérique qui se payait avec de bonnes mesures du précieux métal.
A l’heure du capitalisme décomplexé, le Vajrayana bénéficie d'une considérable sympathie médiatique. Est-ce un hasard ?

Sunday, November 25, 2007

Karpâtri, le moine rebelle.

Karpâtri était un sannyâsin très respecté de la lignée de Shankarâchârya. Il appartenait à l’ordre Saravasti. Toujours vêtu d’un seul morceau d’étoffe, c’était un moine errant, un marcheur infatigable.

Le moine tenta d’arrêter l’anti-traditionnalisme des pouvoirs publics qui menaçait le Dharma. Il créa l’association Dharma Sangh, le mensuel Siddhanta, le mouvement politique Jana Sangh (Assemblée du peuple).
Swami Karpâtri fut incarcéré par Nehru. " Et lorsqu’il arriva à la prison, écrit Daniélou, le directeur et tous les gardiens se prosternèrent à plat ventre pour le laisser passer, embrassant la trace de ses pas. "

Dans le livre de Daniélou " Le mystère du culte du linga ", une compilation des textes fondamentaux de Swami Karpâtri, l’auteur développe la vision de la Tradition des représentants de l’orthodoxie hindoue :

" Le Sanâtana Dharma, la religion éternelle. Elle était menacée puisque le gouvernement ne reconnaissait pas ses aspects extérieurs, sa coquille qui lui permet de se perpétuer.

Le système indien, pour maintenir une certaine tradition, est un tout avec une société d’enseignement. C’est pour cela que Karpâtri considérait que s’attaquer à la structure de la société, c’était en somme s’attaquer à la connaissance que cette société est censée représenter et transmettre.
L’ennemi contre lequel se battait le Dharma Sangh n’était pas l’Empire anglais dont les représentants n’intervenaient pas dans les domaines de la religion et des rites. Ce qui paraissait dangereux aux représentants de la tradition, c’était le faux hindouisme des Indiens anglicisés qui prétendaient adapter les doctrines traditionnelles aux conceptions chrétiennes qu’ils considéraient comme plus compatibles avec les réalités du monde moderne. Il fallait aussi lutter contre les prétendus âshrams qui exploitent la crédulité des gens, le théosophisme, Aurobindo, les adeptes de Râmakrisna, et surtout contre les politiciens, en particulier Gandhi qui apparaissait comme le type même du réformateur moderniste, plus chrétien que hindou, luttant comme Don Quichotte contre des problèmes qui n’existaient pas, tels que celui des castes et des prétendus " intouchables ", ce qui lui faisait une publicité considérable parmi les socialistes anglais mais n’intéressait pas les populations.

D’ailleurs quand on parle de Râmaraj – rétablir le royaume de Râma – je ne comprends pas pourquoi on présente comme une orthodoxie pieuse. Je ne crois pas du tout que dans les grandes époques de la culture, de la spiritualité indienne, il était question de puritanisme. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai publié le Kâma-Sûtra : les sources du Kâma-Sûtra sont des mêmes auteurs que certains Upanishads, le commentaire du Kâma-Sutra est contemporain de Shankarâcharya. Il est très difficile, semble-t-il, pour les indiens de sortir complètement de ce moralisme puritain qu’ils ont adopté ; ils croient vraiment que l’on peut vivre une vie idéale avec ce genre de limitations. […]

Finalement lorsque se développa le combat politique du Jana Sangh contre le Congrès, Swami Karpâtri me conseilla de retourner en Europe pour y exposer les principes fondamentaux de l’hindouisme car, comme étranger, je ne pouvais pas participer à la lutte politique en Inde. "
Le mystère du culte du linga, Les Editions du Relié.

La violence politique et religieuse est toujours inacceptable. Elle n’est guère raisonnable. Cependant, un rationalisme, qui participe au faux universalisme occidental, peut engendrer bien des révoltes dans le monde. Dans un texte de 1995, Pierre Bourdieu écrit :

" Il vient du fond des pays islamiques une question très profonde à l’égard du faux universalisme occidental, de ce que j’appelle l’impérialisme de l’universel. […] S’il est vrai que certain universalisme n’est qu’un nationalisme qui invoque l’universel (les droits de l’homme, etc.) pour s’imposer, il devient moins facile de taxer de réactionnaire toute réaction fondamentaliste contre lui. Le rationalisme scientiste, celui des modèle mathématiques qui inspirent la politique du FMI ou de la Banque Mondiale, celui des Law firms, grandes multinationales juridiques qui imposent les traditions du droit américain à la planète entière, celui des théories de l’action rationnelle, etc., ce rationalisme est à la fois l’expression et la caution d’une arrogance occidentale, qui conduit à agir comme si certains hommes avaient le monopole de la raison, et pouvaient s’instituer, comme on le dit communément, en gendarmes du monde, c’est-à-dire en détenteurs autoproclamés du monopole de la violence légitime, capables de mettre la force des armes au service de la justice universelle. La violence terroriste, à travers l’irrationalisme du désespoir dans lequel elle s’enracine presque toujours, renvoie à la violence inerte des pouvoirs qui invoquent la raison. La coercition économique s’habille souvent de raisons juridiques. L’impérialisme se couvre de la légitimité d’instances internationales. Et, par l’hypocrisie même des rationalisations destinées à masquer ses double standards, il tend à susciter ou à justifier au sein des peuples arabes, sud-américains, africains, une révolte très profonde contre la raison qui ne peut pas être séparée des abus de pouvoir qui s’arment ou s’autorisent de la raison (économique, scientifique ou autre). Ces " irrationalismes " sont en partie le produit de notre rationalisme, impérialiste, envahissant, conquérant ou médiocre, étriqué, défensif, régressif et répressif, selon les lieux et les moments. C’est encore défendre la raison que de combattre ceux qui masquent sous les dehors de la raison leurs abus de pouvoir ou qui se servent des armes de la raison pour asseoir ou justifier un empire arbitraire. "

Thursday, November 15, 2007

Les critiques de Xun Ji

En chine, les " sages cachés " vivent dans les montagnes sauvages et les forêts. Ils ne détruisent pas l’environnement pour faire édifier des temples et des idoles géantes. Ont-ils besoin de séduire de riches donateurs et de se livrer au commerce des amulettes et des reliques ?
De leur côté, les puissants prélats du bouddhisme, qui a dégénéré en religion populaire, n’ont cure de la beauté de la nature et de la vie simple. Ils apprécient les édifices prétentieux, les cérémonies, les parades, le clinquant. Ils s’entourent de disciples obséquieux.

Au 6ème siècle, Xun Ji porte cinq accusations contre les bouddhistes :

1) Le bouddhisme méprise les valeurs essentielles des Chinois.

Aujourd’hui moines et nonnes ne cultivent pas la terre. Ils ne se marient pas. Ils coupent leurs fonctions procréatrices. Ils sont arrogants envers leur prince et méprisants envers leurs parents. […]

2) Les bouddhistes sont des parasites.

Ils est naturel que tout homme, ou femme, capable d’engendrer des enfants puissent se marier et enfanter. La voie barbare s’oppose à cela. Pour la plupart, ils font des images du Bouddha en argile ou en bois, et vivent avant tout d’aumônes. N’y a-t-il pas là un très grand entêtement ? C’est la seconde pratique anormale.

3) Que sert d’être illuminé, si l’on ne peut rectifier la conduite de ses fidèles ?

Le barbare hypocrite prétend faussement être le grand illuminé. Or sa cohorte de moines commet l’adultère et l’infanticide. Moines et nonnes agissent ainsi. Ils écrasent les fourmis pour dresser leurs statues du Bouddha. Ils gaspillent biens et forces pour ériger des temples compliqués. Si Sakyamuni est capable de contrôler de telles activités, et qu’il tolère en fait l’adultère et l’infanticide, son amour et sa compassion ne sont que mensonges. Si lui, le grand illuminé, peut seulement remarquer de tels abus sans pouvoir empêcher les gens de les commettre, alors il n’est d’aucun secours, et le monde ne peut être illuminé. C’est la troisième pratique anormale.

4) Les bouddhistes sont des parjures.

L’enseignement barbare est mesquin, misérable ; il court après les riches. Il entraîne les trois passions et porte partout atteinte aux vivants. On n’a jamais vu les bouddhistes cultiver les six vertus ou glorifier les Trois Joyaux. C’est la quatrième pratique anormale.

5) En dénaturant leur religion, les bouddhistes font courir un très grand danger au pays.

L’enseignement légué par le Bouddha demande à ses disciples de ne pas cultiver les champs, de n’amasser ni richesses ni céréales. Il leur faut mendier leur nourriture et leur vêtement, observer les (douze) règles d’ascétisme. Or, il n’en est rien. Plusieurs centaines de milliers de moines n’envisagent plus de mener la vie d’ermite. Ceux qui suivent la religion et ne cultivent pas les champs sont si nombreux que le pays court à la famine et à l’indigence. Est-il bien nécessaire de léguer une religion et de fonder un enseignement qui doit rester lettre morte ? De toute façon la religion n’est pas raisonnable. C’est la cinquième pratique anormale.

Convaincu que les bouddhistes tentent d’instaurer un Etat dans l’Etat, Xun Ji dénonce leurs célébrations fastueuses et leur organisation religieuse qui apparaissent comme des imitations illicites de la cour impériale :

Ils construisent de vastes habitations, imitant illégalement le style des demeures impériales.

Ils édifient de formidables constructions qu’ils décorent de figures étrangères, considérées comme l’égal du culte ancestral au temple impérial.

Ils traduisent intensivement leurs paroles séditieuses, et encouragent leur large diffusion, manifestant ainsi leur irrespect envers les mandats impériaux.

Ils lèvent des contributions à l’avance dans le but d’une rédemption, afin que le peuple échappe aux fausses calamités des six fins de l’enfer. Par cette conduite, ils s’arrogent le droit du souverain d’imposer peines et punitions.

Ils prétendent faire partie des Trois Joyaux, feignent de se conformer aux quatre règles de conduite. Avec dédain, ils font peu de cas du souverain. Telle est leur méthode pour s’arroger le pouvoir.

Ils dressent de nombreux temples et statues, et multiplient les moines et les nonnes avec leurs ordinations. Ils posent par là les bases de leur tyrannie.

Ils fixent les trois mois de jeûnes, convoquent les grandes assemblées des quatre catégories de fidèles adhérents. Ils mettent en place un nouveau calendrier, secrètement s’approprient une main-d’œuvre et ont à leur disposition des renforts militaires.

Ils fabriquent de la musique pour séduire ignorants et subordonnés ; ils procurent des amusements bouffons pour attirer à leur rassemblement ceux qui habitent loin. Ils font valoir la paix et la joie du Bouddha et critiquent les fatigues et les souffrances du domaine royale. Voilà une transformation de nos coutumes et de nos mœurs, une levée de taxes.

Ils font des conférences et tiennent des rassemblements, où ils changent et modifient leurs plans déviés ; où ils s’accordent avec les donateurs et réfutent leurs critiques. Ceci ressemble à la stratégie secrète soulignée dans le Liu tao.

Friday, October 12, 2007


Le siècle des ténèbres
La déité protectrice du grand prêtre du lamaïsme, Sa Sainteté le Dalaï-lama, est représentée avec des atours morbides : têtes coupées, peaux humaines, coupe crânienne…

Les prêtres du bouddhisme tantrique du Tibet se sont implantés en Occident avec la complicité d’universitaires et d’auteurs renégats du siècle des Lumières. Les cérémonies magiques et les superstitions grossières sont imposées par des gourous autocrates et manipulateurs.
Face à l'inquiétant retour de l’obscurantisme, Il n’était pas inutile de rappeler ce que disait Voltaire de l’efficacité de l’inoculation thérapeutique de la variole pendant que des lamas, supposés omniscients, ne savaient que psalmodier des abracadabras tantriques inefficaces pour luter contre la terrible maladie. Voir " La pratique de Sangyé Menla ".

Les prêtres du Vajrayana exercent une étonnante fascination sur leurs fidèles. Est-il vain de rappeler les arguments de Diderot contre la superstition et le fanatisme ? A l’article " Prêtre " de l’Encyclopédie, le philosophe des Lumières critique violemment la classe sacerdotale :

Prêtres. On désigne sous ce nom tous ceux qui remplissent les fonctions des cultes religieux établis chez les différents peuples de la terre.

Le culte extérieur suppose des cérémonies dont le but est de frapper le sens des hommes et de leur imprimer de la vénération pour la divinité à qui ils rendent leurs hommages. La superstition ayant multiplié les cérémonies des différents cultes, les personnes destinées à les remplir ne tardèrent point à former un ordre séparé qui fut uniquement destiné au service des autels ; on crut que ceux qui étaient chargés de soins si importants se devaient tout entiers à la divinité ; dès lors, ils partagèrent avec elle le respect des humains ; les occupations du vulgaire parurent au-dessous d’eux, et les peuples se crurent obligés de pourvoir à la subsistance de ceux qui étaient revêtus du plus saint et du plus important des ministères ; ces derniers, renfermés dans l’enceinte de leurs temples, se communiquèrent peu ; cela dut augmenter encore le respect qu’on avait pour ces hommes isolés ; on s’accoutuma à les regarder comme des favoris des dieux, comme les dépositaires et les interprètes de leurs volontés, comme des médiateurs entre eux et les mortels.

Il est doux de dominer sur ses semblables ; les prêtres surent mettre à profit la haute opinion qu’ils avaient fait naître dans l’esprit de leurs concitoyens ; ils prétendirent que les dieux se manifestaient à eux ; ils annoncèrent leurs décrets ; ils enseignèrent des dogmes ; ils prescrivirent ce qu’il fallait croire et ce qu’il fallait rejeter ; ils fixèrent ce qui plaisait ou déplaisait à la divinité ; ils rendirent des oracles ; ils prédirent l’avenir à l’homme inquiet et curieux, ils le firent trembler par la crainte des châtiments dont les dieux irrités menaçaient les téméraires qui oseraient douter de leur mission ou discuter leur doctrine.

Pour établir plus sûrement leur empire, ils peignirent les dieux comme cruels, vindicatifs, implacables ; ils introduisirent des cérémonies, des initiations, des mystères, dont l’atrocité pût nourrir dans les hommes cette sombre mélancolie, si favorable à l’empire du fanatisme ; alors le sang humain coula à grands flots sur les autels, les peuples subjugués par la crainte et enivrés de superstition ne crurent jamais payer trop chèrement la bienveillance céleste : les mères livrèrent d’un œil sec leurs tendres enfants aux flammes dévorantes ; des milliers de victimes humaines tombèrent sous le couteau des sacrificateurs ; on se soumit à une multitude de pratiques et les superstitions les plus absurdes achevèrent d’étendre et d’affermir leur puissance.

Monday, April 09, 2007

La pratique de Sangyé Menla, le bouddha de médecine.

Les livrets édités par les lamas pour enseigner cette pratique sont généralement truffés de pieux mensonges, par exemple :
« Le Tantra du bouddha de médecine a été enseigné directement par le Bouddha Sakyamuni. » C’est totalement improbable.
Les rinpochés ajoutent sans rire :
« Peu avant la venue d’Atisa, un autre Pandit indien appelé Mrtijnana s’installa au Kham, dans l’est du pays, dans la province de Dergué Dingo. Il y apporta la même tradition qu’Atisa à savoir la tradition des « Sarma ». C’était un bodhisattva qui vivait comme un mendiant mais après sa mort, un monument funéraire (Skt. ; stoupa ; Tib. : Chorten) fut élevé à sa mémoire. Depuis lors, chaque fois qu’une épidémie de variole menace le pays, des pustules apparaissent sur les parois extérieures du stoupa. Les gens ont l’habitude d’absorber ces pustules qui ont un effet immunisant contre la variole, et le rinpoché, un tantinet charlatan, conclut, ce qui fut vérifié officiellement. » (Source : Shamar rinpoché, Editions Dzambala.)

Cette fable est reprise par de nombreuses sectes tantriques. Elle est éditée en Occident grâce à la contribution de tibétologues occidentaux. Ces éminents docteurs, enseignants d’universités laïques, sont souvent inféodés à des maîtres ou à des lignages tantriques et tenus par des serments de fidélité.

En ce qui concerne la variole ou petite vérole, il faut relire le récit du Père Huc pour comprendre que les tibétains n’accordaient aucun intérêt aux pustules du prétendu stoupa miraculeux.

« La crainte que les tibétains ont de la petite vérole, est inimaginable. Ils n’en parlent jamais qu’avec stupeur, et comme du plus grand fléau qui puisse désoler l’espèce humaine. Il n’est presque pas d’année où cette maladie ne fasse à Lhasa des ravages épouvantables ; les seuls remèdes préservatifs que le gouvernement sachent employer, pour soustraire les populations à cette affreuse épidémie, c’est de proscrire les malheureuses familles qui en sont atteintes. Aussitôt que la petite vérole s’est déclarée dans une maison, tous les habitants doivent déloger et se réfugier, bon gré mal gré, loin de la ville, sur les sommets des montagnes ou dans les déserts. Personne ne peut avoir de communication avec ces malheureux, qui meurent bientôt de faim et de misère, ou deviennent la proie des bêtes sauvages. Nous ne manquâmes pas de faire connaître au Régent la méthode précieuse usitée parmi les nations européennes pour se préserver de la petite vérole. Un des motifs qui nous avaient valu la sympathie et la protection du régent, c’était l’espérance que nous pourrions un jour introduire la vaccine dans le Tibet. »
Le Père Régis-Evariste Huc était au Tibet en 1845-46, « Souvenirs d’un voyage dans la Tartarie et le Thibet »

Le peuple tibétain était asservi par l’obscurantisme des lamas. Les superstitions, les mantras de guérison et les gris-gris firent régresser le discernement et l’intelligence. Des peuples moins aliénés par les croyances magiques furent capables de lutter contre la terrible maladie. Ce sont les arabes qui trouvèrent les premiers l’inoculation préventive de la variole. Au début du 18ème siècle, les Anglais l’apprirent des Turcs. En France, Voltaire fut le premier avocat de l'inoculation, il écrit :

" J’apprends que depuis cent ans les Chinois sont dans cet usage, c’est un grand préjugé que l’exemple d’une nation qui passe pour être la plus sage et la mieux policée de l’Univers. Il est vrai que les Chinois s’y prennent d’une façon différente ; ils ne font point d’incision, ils font prendre la petite vérole par le nez comme le tabac en poudre ; cette façon est plus agréable, mais elle revient au même, et sert également à confirmer, que si on avait pratiqué l’inoculation en France, on aurait sauvé la vie à des milliers d’hommes. "


En réalité, Voltaire ne fut pas le premier avocat de l’inoculation. Il y avait eu en France, surtout de 1723 à 1725, tout un mouvement en faveur de l’insertion (inoculation) de la petite vérole. La première mention de l’inoculation qui ait été faite en France est de 1717. En cette année, une thèse fut soutenue sur ce sujet à Montpellier par Boyer (Encycl., art. INOCULATION).

La variole ou petite vérole a été totalement éradiquée en 1977 grâce à la vaccination.

Friday, March 16, 2007

LA VIOLENCE RELIGIEUSE
(Extrait de Regards Croisés, Marc BOSCHE et F.Félix)

FF : Mon expérience du monachisme tibétain en Inde n’a pas été très positive. J’ai été ordonné au monastère tibétain de MENRI. La tradition de MENRI est traitée par Christelle MOEBS dans ce blog . Ce monastère est situé dans la région himalayenne de l’Inde, dans l’état de l’Himachal Pradesh. Le lieu est d’une grande beauté. La communauté tibétaine de DOLANJI, qui a construit le monastère, est relativement isolée. Seul un vieux car poussif permet de relier la ville de SOLAN, située à une heure de route. Le monastère échappe ainsi au vacarme indien encouragé par la seule règle respectée des automobilistes : " HORNE PLEASE ! "Menri est une sorte d’université monastique qui forme d’excellents docteurs en sciences traditionnelles, les fameux guéshés experts des joutes oratoires bruyantes, leurs arguties sont ponctuées par de foudroyants claquements de mains. Depuis quelques années, de plus en plus de jeunes moines rêvent de se rendre en Occident sur les traces des vedettes du bouddhisme tibétain, les coqueluches des centres du dharma.

Au début, des années 2000, le monastère était en travaux. Les petits orphelins n’étaient pas épargnés par les corvées. J’étais au monastère durant l’hiver 2001-2002, le spectacle d’enfants en haillons, parfois nu-pieds, obligés de gravir les pentes d’une colline le dos chargé de briques, était insupportable. Les plus jeunes (environ quatre ou cinq ans) pleuraient sans cesser de travailler. Un moine impassible surveillait les enfants. L’orphelinat fonctionnait selon des normes d’un autre âge. Les jeunes moines étudiants ne se souciaient que de leur réussite, les familles payaient leurs études et exigeaient des résultats. L’ambiance était délétère, Je décidai de m’écarter.

Je recherchais une maison à louer dans la vallée. L’abbé était d’accord. Cependant, l’éloignement du marché du Solan me posait des problèmes. Je ne pouvais pas communiquer avec les fermiers locaux pour acheter à un prix raisonnable mes aliments. Au monastère, j’avais sympathisé avec un jeune aide cuisinier, âgé de douze ou treize ans. Il s’exprimait en anglais. J’aimais son humeur toujours joyeuse. L’adolescent était débrouillard et intelligent. Il pouvait m’aider à m’installer dans la vallée contre une honnête rémunération. Lors d’une promenade matinale autour du monastère, chapelet en main, un attroupement de curieux se dissipa à mon arrivée. On lisait sur les visages le malaise de ceux qui ont assisté à un spectacle honteux. Les personnes s’écartaient et je reconnu le jeune aide cuisinier en fâcheuse posture. Un moine colossal le soulevait de terre d’une main et de l’autre le frappait avec un gourdin. Avant que je parvins à formuler ma question sur les raisons d’une telle violence, le colosse disparut avec sa proie.

Un moinillon et le jeune aide cuisinier étaient accusés de vol. Le moine à la carrure de yéti était le toulkou responsable de l’orphelinat. Un travailleur indien me révéla l’endroit où étaient interrogés les enfants. Malheureusement, des moines s’opposèrent fermement à mon entrée dans le bâtiment. Ils étaient déterminés à me faire rebrousser chemin par la force. Puis, les prisonniers disparurent de ce lieu. Durant, plusieurs jours, j’harcelais Frédéric, le moine français, qui est maintenant le secrétaire de l’abbé de MENRI, pour tenter de voir les accusés. Frédéric n’arrivait pas à découvrir l’endroit de leur détention. " Et, de toute façon, serait-il possible de les rencontrer ? " s’interrogeait le moine, mon aîné de deux années dans la profession monastique.

Je quittai pour toujours la triste université. Le moine français ne m’a jamais communiqué la moindre information sur le sort des enfants. Ce silence est lourd, très lourd. Il pèse dans ma décision de dénoncer le cléricalisme féodal tibétain.

Votre travail d’information sur le bouddhisme pourra-t-il provoquer un revirement des mentalités ? Percevez-vous une volonté d’affranchissement des hiérarchies, des croyances et du mercantilisme qui discréditent le bouddhisme occidental ?

Marc B. : J’ai lu avec émotion votre narration de la brutalité avec laquelle ont été traités ces deux enfants au sein même de la communauté indienne dans laquelle vous vous étiez établi. Vous avez quitté ce monastère après avoir en vain essayé de retrouver ces jeunes, de savoir s’ils étaient sains et saufs, et c’est la seule chose que j’aurais également trouvé à faire. Les récits de brutalité au sein des monastères de tradition himalayenne sont arrivés jusqu’en Occident désormais et dans la page en anglais du site bouddhismes.info on trouve quelques extraits d’auteurs qui y font directement et explicitement référence. Des précepteurs chargés de la discipline circulaient armés d’un gros gourdin. Il était fréquent qu’une geôle existât pour les malheureux. J’ai lu même que certains de ces gros bras monastiques chargés de la discipline et du gourdin dans ces mondes sans femme avaient la réputation de trouver leurs partenaires sexuels dans les rangs des jeunes garçons et adolescents du monastère qui devenaient discrètement les victimes de leur abus d’autorité. La page de citations anglaise de http://bouddhismes.info/19.html cite des extraits explicites comme celui-ci.Anh Do & Teri Sforza http://www.urbandharma.org/bmonk/boymonk3.html :" Punishment for rule-breakers was severe. Each monastery had a disciplinarian called an "iron club" lama, who was responsible for maintaining order. Monks who appeared to nod off during prayers or classes were beaten with wooden prayer beads or switches for what was said to be their own good. It didn't matter if the offending monks were young or old; if they broke the rules, they met the same fate. Kusho cringed as a monk he knew was beaten in front of him for mischievousness; the sights and sounds of it haunted him. He felt terrible for the boy every time he saw him.It was so hard to make friends. He worked hard to fit in and avoid the whip. "More on this topic http://www.urbandharma.org/bmonk/boymonk3.html
En déroulant la page http://bouddhismes.info/19.html (vers le bas de page) vous trouverez d’autres citations qui évoquent aussi les abus sexuels sur enfants. Vous aurez aussi sous les yeux des photos de moines armés de gourdins. Voici un extrait d’un autre auteur dont voici d’abord la carte de visite : Richard S. Ehrlich is from San Francisco, California, and first journeyed to Asia in 1972. Reporting news from across Asia since 1978, his bases have included Hong Kong, New Delhi, and now Bangkok. His coverage has focused on the guerrilla wars in Afghanistan, Kashmir, Punjab, Sri Lanka and Cambodia, as well as the region’s cultures and other events. He received his Master’s degree from Columbia University’s Graduate School of Journalism, and won their 1978 Foreign Correspondents Award." A Tibetan told me: "He stopped being a monk after five years because his monastery's senior lama beat novices with a stick during scripture examinations. Tibetan Buddhist monasteries often mete out such child abuse. During the Dalai Lama's time, before he fled Tibet in 1959, head lamas in his Potala Palace beat errant monks for gambling or other naughty behavior. "If you delve into Tibetan affairs a bit deeper you'll discover Tibetan monks beating their students in monasteries in and out of Tibet is nothing new. "Richard S. Ehrlich also wrote http://www.escapeartist.com/efam/40/Tibet.htmlEncore un autre auteur nous en parle : Michael Parentis The Tibet Myth http://www.swans.com/library/art9/mparen01.html/t_blank"Young Tibetan boys were regularly taken from their families and brought into the monasteries to be trained as monks. Once there, they became bonded for life. Tashì-Tsering, a monk, reports that it was common practice for peasant children to be sexually mistreated in the monasteries. He himself was a victim of repeated childhood rape not long after he was taken into the monastery at age nine. […] The monastic estates also conscripted peasant children for lifelong servitude as domestics, dance performers, and soldiers. "L’histoire évoquée ci-dessus de Tashi Tsering est particulièrement révélatrice à cet égard puisque c’est lui qui a raconté comment il avait été violé fréquemment au sein de son monastère où il était arrivé à l’âge de neuf ans. Voici les coordonnées de son livres paru aux Etats-Unis : Melvyn Goldstein, William Siebenschuh, and Tashì-Tsering, " The Struggle for Modern Tibet: The Autobiography of Tashì-Tsering " Armonk, N.Y.: M.E. Sharpe, 1997. Je n’ai pas pu vérifier ces sources et les cite telles quelles, mais leur variété suggère qu’il y a bien (eu) un vrai problème avec la brutalité dans certains monastères lamaïstes des Himalayas. Je crois qu’il devrait y avoir un code éthique : les donateurs occidentaux en particulier associatifs ne devraient donner que si un monastère passe le test de la non violence. Il pourrait y avoir des visites anonymes, et il ne serait pas si difficile de se faire une idée sur la qualité des soins qui sont donnés aux enfants. Regardez comme on a reproché récemment à Apple de faire produire son iPod par des salariés exploités plus de soixante heures en Chine. Aussitôt, craignant la mauvaise publicité Apple a dépêché une mission et a vérifié et resserré les conditions de sa charte éthique avec l’entreprise productrice. Pourtant ces entreprises multinationales ne sont pas forcément des missions humanitaires, mais lorsque les circonstances l’exigent elles font quand même correctement leur travail, balayent devant leur porte, remettent les choses en ordre efficacement, et posent des conditions éthiques qui sont alors méticuleusement vérifiées sur le terrain. Pourquoi ce que font correctement les hommes d’affaires mus par l’intérêt financier ne pourrait pas être accompli aussi au minimum par des personnes se targuant de hautes valeurs spirituelles de sagesse et de compassion, n’est-on pas en droit de l’exiger ?

Dans son livre « Souvenir de voyage dans la Tartarie et le Thibet », le Père Huc, de passage dans la grande lamaserie de KUMBUM, écrit quelques lignes sur la violence des lamas :

« La discipline de la lamaserie est vigilante et sévère. Dans les Facultés pendant les heures des cours, et au chœur pendant les récitations des prières, on voit toujours les lamas censeurs debout, appuyés sur une barre de fer, et maintenant parmi les religieux le bon ordre et le silence. La moindre infraction à la règle est sur le champ réprimée, d’abord verbalement, et, s’il en est besoin, à coups de barre de fer. Les vieillards, pas plus que les jeunes chabis, ne sont à l’abri de ces terribles corrections.

Les lamas satellites sont chargés de la police de la lamaserie ; ils sont costumés de la même manière que les autres lamas, à la seule différence que leurs habits sont de couleur grise, et qu'ils portent une mitre noire. Le jour et la nuit, ils circulent dans les rues de la cité, armés d’un gros fouet, et rétablissent l’ordre partout où le besoin l’exige. Trois tribunaux, où siègent les lamas juges, connaissent des affaires qui sont au-dessus des lamas satellites. Ceux qui se rendent coupables du plus petit larcin sont expulsés de la lamaserie, après avoir été marqués au front et sur les deux joues d’un signe d’ignomie avec un fer rouge. »

Monday, March 05, 2007

8th Street Sadhu


Celui qui a l’esprit stable va à contre-courant du monde, bien que sa présence à celui-ci paraisse ordinaire. Il ne distingue pas même absorption, distraction et impureté. (…)
Libre du passé ainsi de toute dépendance, il évolue à sa guise, lui qui n’a plus de limitations ! Il agit emporté par le vent du monde comme une feuille morte.
ASHTÂVAKRA-GÎTÂ

Amie de l’anarchiste Elisée Reclus (1827-1904), Alexandra David-Neel fut séduite par le message libérateur de la spiritualité orientale et l’Ashtâvakra-gîta. Elle traduisit en français ce texte extraordinaire.
En 2004 paraît la traduction de Jacques Vigne. Elle contient un commentaire d’un sage, Swâmi Shanânanda Puri, intitulé " Le saut quantique dans l’Absolu, Essence de l’Ashtâvakra-gîtâ ".
D’emblée, le sage écarte toutes les sornettes des bricoleurs de religions, méthodes salvatrices et hâbleries des docteurs de la foi. " Ashtâvakra soutient que l’illumination peut être instantanée, adhounaiva. Voilà l’envol quantique depuis l’identification au corps jusqu’à l’existence éternelle. Cela ne nécessite aucun processus, état, moyen auxiliaire ou quoi d’autre. (…)
1) Se démarquer du sens du corps et demeurer dans la pure existence c’est être dans un état relaxé, paisible et sans effort. (…)
2) Le second " comprimé de Libération ", beaucoup plus puissant que le précédent, est celui-ci : vous demeurez simplement dans la conviction que vous êtes libéré et libre et vous serez libéré. Au contraire, si vous vous considérez vous-même comme un être asservi et limité, vous continuerez à être asservi. (…) Le processus pour se déshypnotiser consiste à se considérer soi-même comme Conscience et ainsi à demeurer libéré à tout jamais.
3) Au moment où vous cessez de vous considérer comme acteur et expérimentateur, vous reconnaîtrez que vous êtes à tout jamais libéré. "


Les religions et les gourous s’imposent en intermédiaires parasites et nous conditionnent à un tel point qu’il est difficile de comprendre l’extrême simplicité de l’Ashtâvakra. Pour les tibétains, quatre obstacles empêchent de reconnaître l’état naturel de l’esprit. En effet, cet état (sahaja) est :
trop proche pour être reconnu,
trop profond pour être saisi,
trop merveilleux pour être compris ;
trop simple pour être cru.

Pour voir d'autres vidéos : SAMSARA VISION.